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 sur un certain irrationalisme

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PhiPhilo



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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Ven 20 Déc - 10:03

Christophe Sabattier a écrit:
PhiPhilo a écrit:

...est nommé recteur de l'université de Fribourg avant d'être rapidement révoqué et de laisser tomber le parti...
On n'a pas les mêmes infos : http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-heidegger.html
Je citais de mémoire. Vos informations sont plus fiables que les miennes.


Christophe Sabattier a écrit:
PhiPhilo a écrit:
Question : où est le discrédit dans tout ça ? (...)  Dans son adhésion au parti ? Dans sa vie conjugale (ou plutôt extra-conjugale) scandaleuse ? On comprend vite que, si on accepte de tels motifs, c'est une bonne partie du champ philosophique qu'il va falloir récuser. Bref, il semblerait que, plus on cherche à fonder des motifs de "discrédit" de la philosophie heideggerienne, plus on soit enclin au scepticisme.
Dans l'adhésion au parti oui, dans le reste non. Il y a donc scepticisme si on doute de son adhésion au parti. Est-ce qu'il y a doute là-dessus? Je ne parle pas d'un doute d'interprétation de ses écrits, mais d'un doute plus matériel sur le fait qu'il était bien adhérent au NSDAP. Si le problème est ainsi circonscrit, on voit qu'il ne concerne pas "une bonne partie du champ philosophique", mais précisément cet homme.
Là, on est au coeur du problème. Et ce problème, c'est : à supposer que le nazisme de Heidegger ne fasse aucun doute (ni dans ses aspects factuels, ni dans ses aspects "moraux", si l'on peut dire), en quoi cela discrédite-t-il sa philosophie en tant que philosophie ? En d'autres termes, pourquoi devrait-on récuser la philosophie d'un nazi ? D'une manière un peu plus large, en quoi l'oeuvre intellectuelle d'un penseur ayant commis des actes abominables devrait-elle, ipso facto, être déconsidérée ? C'est cette série de questions qui me fait parler d'"attitude sceptique" (et non pas un doute empirique sur telle ou telle épisode de la vie de Heidegger).


Christophe Sabattier a écrit:
PhiPhilo a écrit:
Personnellement, je ne vois guère que deux manières de sortir de l'ornière. Celle d'Arendt et celle de Wittgenstein.
Du coup vous laissez tomber Bourdieu dont le point de vue est aussi intéressant. Est-ce qu'Heidegger ne jouerait pas dans la philosophie française un rôle bourdivinement identifiable d'outil de distinction : allemand, poétique, intéressant, peu clair et sulfureux?
Bourdieu n'a cessé de revendiquer (à juste titre, à mon avis) la scientificité rigoureuse de son travail de sociologue et donc, son approche empirique des faits sociaux dont la position particulière de Heidegger dans le champ philosophique est un cas particulier (en ce sens, il est l'héritier de Durkheim). Il nous fournit par conséquent des outils sociologiques d'une grande importance, comme, par exemple, celui auquel vous faites allusion : se proclamer "heideggerien" est effectivement, depuis pas mal de décennies, notamment en France, un signe de "distinction" (au sens où Bourdieu entend ce terme). Mais, s'agissant de notre problème (Heidegger est-il philosophiquement fréquentable ?), il ne nous sera d'aucune aide. Parce que c'est un problème conceptuel et non pas un problème empirique. Ce qui n'est pas le cas pour Arendt ou Wittgenstein chez qui la relation entre compréhension d'un auteur et (in-)fréquentabilité du même auteur est une relation interne : pour Arendt, si l'on comprend ce que dit Heidegger, on le "fréquente", et vice versa, et pour Wittgenstein, lire Heidegger, c'est, d'emblée le lire comme ceci ou cela (par exemple, comme philosophe discrédité). Tandis que pour Bourdieu, comprendre Heidegger et le récuser (c'est d'ailleurs ce qu'il fait) sont deux démarches complètement différentes.



Christophe Sabattier a écrit:
(Proposition de thème de recherche : tiens, ce serait intéressant de retrouver qui était l'instituteur qui a eu dans sa classe Wittgenstein et Hitler! C'est peut-être de lui que tout est venu? le barbu sur la photo : http://www.aryse.org/wp-content/uploads/2012/02/realschule.jpg )

(Edit : http://joshuapreston.files.wordpress.com/2011/11/hitler-and-wittgenstein.jpg  la même photo, recadrée sur Wittgenstein et Hitler, et plus nette - pour être honnête je précise qu'il y a débat quant à savoir si c'est vraiment Wittgenstein - il n'y en aurait pas quant au petit Adolf).
Non, non, c'est bien lui. Mais la réaction de tout bon wittgensteinien à l'égard de cette preuve irréfutable, c'est : yes, and so what ? A cet égard, l'ouvrage de Kimberley Cornish, the Jew of Linz est une pure imposture intellectuelle qui n'a rien à envier au détournement du théorème de Gödel par Régis Debray.
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euthyphron

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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 22 Déc - 13:49

PhiPhilo a écrit:
Et ce problème, c'est : à supposer que le nazisme de Heidegger ne fasse aucun doute (ni dans ses aspects factuels, ni dans ses aspects "moraux", si l'on peut dire), en quoi cela discrédite-t-il sa philosophie en tant que philosophie ? En d'autres termes, pourquoi devrait-on récuser la philosophie d'un nazi ? D'une manière un peu plus large, en quoi l'oeuvre intellectuelle d'un penseur ayant commis des actes abominables devrait-elle, ipso facto, être déconsidérée ?
Je pense qu'en effet c'est ainsi qu'il faut poser la question du nazisme de Heidegger. Mais poser des questions n'interdit évidemment pas d'essayer d'y répondre.
Hypothèse 1: il n'y a rien de nazi dans les écrits de Heidegger.
  1.1 : le nazisme de Heidegger est superficiel, et relève de l'arrivisme plus que de la conviction, il n'y a donc pas à chercher dans la pensée de Heidegger ce qui ne saurait s'y trouver.
  1.2 : il existe des domaines de  la réflexion qui sont sans lien aucun avec l'idéologie nazie, et la pensée écrite de Heidegger se cantonne à ces domaines. Dans ce cas, l'admirateur déçu se sentira choqué d'apprendre que tout un pan de la pensée du maître n'était connu que de ses proches, et qu'il n'a pas su le deviner.
Hypothèse 2 : les écrits de Heidegger sont nazis pour qui sait les lire.
  2.1 : les admirateurs de Heidegger étaient des nazis honteux (ou pas...)
  2.2 : les admirateurs de Heidegger n'ont pas compris sa pensée.
Tout ceci, à mon sens, pose la question de la qualité du jugement. Enoncer qu'un philosophe est quelqu'un qui a appris à bien juger est sans doute, pour beaucoup, assez ringard. Si l'on va jusqu'au bout de ce rejet de la faculté de bien juger, alors l'affaire Heidegger n'en est pas une. Il est permis de se planter dans les grandes largeurs et de dire à peu près n'importe quoi pourvu que le souffle de la pensée soit présent. Je n'assumerai pas cette position.
Au contraire, le plus intéressant dans l'affaire, c'est que des gens très intelligents se sont fait avoir, d'une façon très différente de ce qui s'est passé à propos du communisme. Et c'est peut-être sur ce point que je rejoindrai Edith Fuchs (si j'ai compris ce qu'elle veut dire) : il n'est pas indifférent que les philosophes se préoccupent de la vérité, et donc des conséquences concrètes, de ce qu'ils pensent et disent.
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AlexisP



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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 22 Déc - 20:18

Je pense, pour ma part (et je ne m'intéresse pas tant à Heidegger qu'à cette question du nazisme Heidegger et plus généralement sur la manière dont une philosophie peut être discréditée) que, en ouvrant un livre d'Heidegger, nous ne lisons jamais Heidegger ou ce que Heidegger a écrit mais nous sommes déjà dans un processus d'appropriation et que, quand bien même l'auteur de ces lignes - qui n'en est jamais que l'auteur, c'est à dire presque rien - serait nazi (ou autre chose), il n'est pas nécessaire que le lecteur le sache ou en tienne compte.
J'ai personnellement toujours cru à la distinction radicale entre la pensée développée dans une oeuvre et l'auteur qui a produit cette pensée, et qu'Heidegger puisse un jour être reconnu factuellement comme nazi (si c'est seulement possible, et c'est peut être bien là le problème d'ailleurs, à savoir que le nazisme de Heidegger demeure à l'état de doute et donc de soupçon..) ne pourra jamais entacher sa pensée mais seulement fournir un nouveau prisme de lecture de ses œuvres. Heidegger n'est pas sa pensée et réciproquement, donc que l'auteur soit nazi (ou autre chose) ne permet pas nécessairement d'affirmer qu'il développât une philosophie dite "nazie" mais seulement d'en indiquer la possibilité, à même titre qu'une pensée antérieure à la période nazie pourra être reconnue nazie rétrospectivement.

Enfin, je terminerais par dire que chercher à savoir si une pensée est nazie ou non revient déjà à émettre la possibilité qu'elle ne le soit pas mais également à partir du principe qu'elle ne l'est pas de manière évidente. Mais si un jour il était possible d'affirmer que la pensée de Heidegger était effectivement nazie, en plus du fait qu'il resterait la possibilité que cela n'ait rien à voir avec le nazisme possible de l'auteur (ce n'est pas nécessaire), il faudrait encore prouver comment une pensée puisse être reconnue comme nazie de part en part. Et c'est bien là qu'est la difficulté : comprendre qu'une pensée nazie ne l'est nécessairement de toute pièce et qu'il ne s'agit pas d'un germe nazie qui, en se développant aurait des donné des parties ou des branches variées qui participeraient toutes de ce principe nazi originel. On n'apprécie une philosophie en premier lieu qu'à partir de ramifications, que de manière extérieure, et la sympathie intuitive envers son principe originel demande une lecture rigoureuse et suivie, mais également une certaine affinité qui ne se construit pas nécessairement. J'attends donc de voir quel est le principe originellement nazi de toute la philosophie de Heidegger.
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l'abou

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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Lun 23 Déc - 16:57

Je ne reviens pas sur les questions d'interprétation de Heidegger, qui me semblent, pour certaines, supposer un peu rapidement que si quelque chose dans la pensée de Heidegger conduit au nazisme ou autorise à s'y jeter, alors tout dans sa pensée y conduit.

Par ailleurs je suis tout à fait convaincu qu'il y a certains liens à faire, mais qu'on peut tout simplement montrer que ces liens existent (et donc s'imposent à l'interprète), sans être contraint de se contenter de les décréter comme lecture possible parmi d'autres. Après, c'est un travail un peu long; trop long, en vérité.

En revanche,

euthyphron a écrit:
le plus intéressant dans l'affaire, c'est que des gens très intelligents se sont fait avoir

Je suis assez d'accord avec ça. Ce qui est fascinant dans toute cette histoire c'est bien entendu l'adhésion d'une frange non négligeable d'intellects affûtés. C'est effectivement ce sur quoi porte le travail d'E. Fuchs, qu'on estime que son diagnostic soit juste ou non. De ce point de vue, j'estime ce genre de travail intéressant au moins pour une raison: il contrebalance une doxa qu'on a énormément entendue, suivant laquelle il y aurait, entre le «rationalisme» consubstantiel au projet scientifique (et philosophique), d'une part, et d'autre part, les horreurs du XXe siècle, un lien de cause à effet. De ce point de vue, je trouve tout à fait opportun de rappeler de temps à autre que les forces vives idéologiques qui ont applaudi aux horreurs se sont, d'une manière quasi exclusive, recrutées précisément dans les rangs de la réaction anti-rationaliste et non dans le camp d'en face. C'est en tout cas très clair si l'on considère les facultés de philosophie. C'est clair aussi, quoique légèrement (très légèrement) moins, si l'on considère les facultés de sciences.
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PhiPhilo



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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Mer 25 Déc - 11:31

euthyphron a écrit:
Tout ceci, à mon sens, pose la question de la qualité du jugement. Enoncer qu'un philosophe est quelqu'un qui a appris à bien juger est sans doute, pour beaucoup, assez ringard. Si l'on va jusqu'au bout de ce rejet de la faculté de bien juger, alors l'affaire Heidegger n'en est pas une. Il est permis de se planter dans les grandes largeurs et de dire à peu près n'importe quoi pourvu que le souffle de la pensée soit présent. Je n'assumerai pas cette position
En effet, si l'on récuse la perspective, classiquement cartésienne, d'une activité philosophique éminemment dépositaire de la faculté de bien juger (de démêler le vrai d'avec le faux), l'"affaire" Heidegger n'est qu'une tempête dans un verre d'eau. Si l'on reconnaît à Heidegger, tout philosophe qu'il est, le droit à errer, alors on va peut-être mettre en cause (ce qui, d'ailleurs, a été le cas) sa Mitläufertum, son "suivisme", mais en quoi sa philosophie sera-t-elle discréditée ? On sera tenté de dire qu'il y a une contradiction manifeste entre son "suivisme" pragmatique et son "élitisme" théorique. A cet égard, Wittgenstein fait remarquer:
- 1° que l'on confond là contradiction et contrariété : il y a contradiction entre "je dis p" et "je dis non-p", mais il n'y a pas contradiction, seulement contrariété entre "je dis p" et "je fais non-p" dans le sens où nous sommes contrariés par quelqu'un qui dit p et fait non-p, un peu comme lorsque nous apprenons qu'un bon nageur s'est noyé dans sa piscine ou que nous constatons qu'un professeur de lettres fait des fautes d'orthographe : nous sommes étonnés, choqués, décontenancés ...
- 2° que la contradiction stricto sensu a, de toutes les façons, acquis un statut exorbitant dans le sens où elle n'est rédhibitoire que dans le cours d'une démonstration (imputation d'inconsistance entraînant l'invalidité de la conclusion), tandis que, dans la plupart des autres jeux de langage, elle est sans conséquence immédiate (dans le sens où la séquence <<"je dis p" et "je dis non-p">> n'entraîne pas, ipso facto, l'invalidité de la conclusion ou de ce qui en tient lieu -heureusement, soit dit en passant, car, si tel était le cas, combien de philosophes seraient encore dignes d'êtres lus ?-).
Dans les deux cas, nous sommes ramenés à notre problème de départ : tel philosophe nous contrarie, et alors ? ; tel philosophe se contredit, et alors ? Quel enseignant de philosophie n'a jamais été confronté avec agacement à l'arrogance d'un élève ou d'un étudiant qui prétend que tout ce que nous disons d'un philosophe est faux au motif que la fine mouche vient de déceler une "contradiction" dans l'argumentation ? Et nous nous en sortons toujours (enfin, le plus souvent) en produisant ce que Wittgenstein appelle une "raison" ou un "motif" d'être convaincu par ledit auteur, et ce, malgé la contradiction ou la contrariété décelée. Bref, nous essayons de faire lire nos élèves ou nos étudiants comme nous pensons que les auteurs que nous enseignons doivent être lus. Tout ça pour dire que, si l'"affaire" Heidegger mériterait sans doute d'être ramenée à de plus justes proportions, ce n'est certainement pas pour accorder un satisfecit à cet auteur. Mais plutôt pour admettre que cette affaire est, encore et toujours, une affaire conceptuelle (quelle(s) raison(s) avons-nous de lire Heidegger comme ceci ou comme cela ?) et non une affaire empirique (le fait que Heidegger a bien été ceci ou cela est la cause de notre admiration, de notre indifférence ou de notre rejet).

AlexisP a écrit:
Je pense, pour ma part (et je ne m'intéresse pas tant à Heidegger qu'à cette question du nazisme Heidegger et plus généralement sur la manière dont une philosophie peut être discréditée) que, en ouvrant un livre d'Heidegger, nous ne lisons jamais Heidegger ou ce que Heidegger a écrit mais nous sommes déjà dans un processus d'appropriation et que, quand bien même l'auteur de ces lignes - qui n'en est jamais que l'auteur, c'est à dire presque rien - serait nazi (ou autre chose), il n'est pas nécessaire que le lecteur le sache ou en tienne compte.
J'ai personnellement toujours cru à la distinction radicale entre la pensée développée dans une oeuvre et l'auteur qui a produit cette pensée, et qu'Heidegger puisse un jour être reconnu factuellement comme nazi (si c'est seulement possible, et c'est peut être bien là le problème d'ailleurs, à savoir que le nazisme de Heidegger demeure à l'état de doute et donc de soupçon..) ne pourra jamais entacher sa pensée mais seulement fournir un nouveau prisme de lecture de ses œuvres. Heidegger n'est pas sa pensée et réciproquement, donc que l'auteur soit nazi (ou autre chose) ne permet pas nécessairement d'affirmer qu'il développât une philosophie dite "nazie" mais seulement d'en indiquer la possibilité, à même titre qu'une pensée antérieure à la période nazie pourra être reconnue nazie rétrospectivement.
Oui, voilà. A une petite nuance (wittgensteinienne) près cependant : dire P1 "Heidegger a été un nazi" n'est pas la cause dont le jugement P2 "donc il n'est pas philosophiquement pertinent" serait l'effet, dans le sens où, s'il s'avérait, après découverte empirique quelconque, que P1 fût faux, alors vous seriez contraint de réviser P2. Dans mon exemple (très simpliste) d'argumentaire <<P1 donc P2>>, P1 est une raison, c'est-à-dire une prémisse indiscutable, soustraite au doute et à l'expérimentation, une clé de lecture que je me suis donnée et que j'assume pleinement. Bref, elle n'indique pas une simple possibilité, mais bel et bien une nécessité conceptuelle. Sinon la porte est grand ouverte au scepticisme et/ou au relativisme (conséquence que l'on peut, cependant, tout à fait accepter).

Du coup, lorsque vous dites que
eutyphron a écrit:
le plus intéressant dans l'affaire, c'est que des gens très intelligents se sont fait avoir, d'une façon très différente de ce qui s'est passé à propos du communisme
on ne voit plus très bien ce que signifie ici, "s'être fait avoir". Si cela veut dire que ces gens "très intelligents" ont été influencés (au sens d'Arendt ou de Bourdieu), aveuglés par l'autorité de Heidegger, vous avez raison. Mais si vous voulez dire qu'on leur a caché certains faits empiriques tels que, s'ils en avaient eu connaissance, ils eussent été décillés et eussent jugé Heidegger tout à fait différemment, rien n'est moins sûr. Pensez à l'"aveuglement" d'Orgon (dans Tartuffe), d'Othello (dans la pièce de Shakespeare), ou des juges de Galilée (dans la Vie de Galilée) face aux soi-disant "évidences" empiriques.

A part ça, Joyeux Noël !
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l'abou

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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Mer 25 Déc - 18:08

AlexisP a écrit:
en ouvrant un livre d'Heidegger, nous ne lisons jamais Heidegger ou ce que Heidegger a écrit mais nous sommes déjà dans un processus d'appropriation et que, quand bien même l'auteur de ces lignes - qui n'en est jamais que l'auteur, c'est à dire presque rien - serait nazi (ou autre chose), il n'est pas nécessaire que le lecteur le sache ou en tienne compte.

J'ai personnellement toujours cru à la distinction radicale entre la pensée développée dans une oeuvre et l'auteur qui a produit cette pensée, et qu'Heidegger puisse un jour être reconnu factuellement comme nazi (si c'est seulement possible, et c'est peut être bien là le problème d'ailleurs, à savoir que le nazisme de Heidegger demeure à l'état de doute et donc de soupçon..) ne pourra jamais entacher sa pensée mais seulement fournir un nouveau prisme de lecture de ses œuvres. Heidegger n'est pas sa pensée et réciproquement, donc que l'auteur soit nazi (ou autre chose) ne permet pas nécessairement d'affirmer qu'il développât une philosophie dite "nazie" mais seulement d'en indiquer la possibilité

La radicalité de la distinction entre la pensée développée dans une oeuvre, d'une part, et d'autre part l'auteur de l'oeuvre, gagnerait cependant, je crois, à être précisée.

Que l'auteur et son oeuvre soient deux choses différentes est très facile à admettre. Je trouve d'ailleurs tout à fait juste, et même évidente, la dernière conclusion tirée (ce n'est pas parce qu'on aura découvert que l'auteur était X qu'on sera contraint d'en déduire que l'oeuvre l'était, à supposer d'ailleurs qu'on dispose d'un sens clair pour "être X" à propos de l'oeuvre).

Les affirmations initiales du bout de post que je viens de citer me semblent beaucoup plus fortes, cependant, et beaucoup plus délicates à maintenir: "en ouvrant un livre de A, nous ne lisons jamais A ni même ce qu'A a écrit" me semble difficile à doter d'un sens à la fois général et utile.
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AlexisP



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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Mer 25 Déc - 23:33

En distinguant radicalement l'oeuvre (totale) de l'auteur, on finit par dire que si le texte a bien été écrit, de fait, par Heidegger par exemple, il n'en demeure pas moins que le texte n'est pas l'oeuvre, que l'oeuvre est toujours celle lue et comprise et que les rapports entre l'oeuvre et l'auteur sont plus compliqués, ne serait-ce que parce que l'on ne peut pas préjuger du fait qu'un auteur quelconque ait pu un jour s'exprimer tout à fait adéquatement et qu'évidemment, en dernière analyse, il n'y a jamais d'oeuvre seule (comme un objet face à un sujet), mais toujours un monde ouvert par un lecteur qui lui est coextensif. C'est pour cela que je dirais que le nazisme de Heidegger est un monde auquel, personnellement, je ne participerai jamais. Mais que certains veuillent lire Heidegger comme cela demeure tout à fait légitime : il faut principalement revenir sur l'idée selon laquelle il y aurait une vérité de l'oeuvre ou de la pensée, voire que cette vérité devrait être cherchée dans son origine physique, à savoir l'auteur.
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l'abou

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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Jeu 26 Déc - 13:30

It's so twentieth century :]

Je reconnais bien la prise de pouvoir du lecteur sur le texte (l'oeuvre). Et je comprends également que, bien sûr, si l'on fait du lecteur, en quelque sorte, la source du sens ou du moins une source concurrente, il n'y ait, parfois, pas grand'chose d'autre à faire, concernant des interprétations incompatibles entre elles, que de les dire toutes "légitimes".

Mais du coup, n'y a-t-il pas dans ces conditions quelque difficulté, parfois, à mettre en oeuvre certains concepts scolaires attachés à la pratique de l'explication de texte, tels que "faux sens" et "contresens"?

(Mais je suis tout prêt, naturellement, à admettre que ce n'est pas du point de vue d'une description physique que l'auteur d'un texte en est l'auteur - si tel était bien le sens de la remarque.)
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AlexisP



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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Ven 27 Déc - 1:08

Dans le strict cadre de ce qui pourrait être le nazisme de tel ou tel auteur, je ne pense pas que la question puisse être décidée dans l'étroitesse du modèle académique que l'idée de "contresens" suggère. En l'occurrence, affirmer qu'une pensée est nazie (contre ceux qui disent qu'elle ne l'est pas) c'est faire autre chose qu'affirmer, par exemple, que le fondement épistémologique de la pensée cartésienne est le cogito (contre ceux qui vont affirmer que c'est Dieu). Même si dans les deux cas on croit se donner une lumière à la lueur de laquelle l'on relirait la totalité de l'oeuvre, il n'en demeure pas moins que la question du nazisme d'une pensée naît à l'extérieure de la pensée (pour le cas Heidegger tout du moins) tandis que la question du fondement épistémologique cartésien semble se poser d'elle même à la lecture de l'auteur.
La question du nazisme d'Heidegger semble toucher à sa philosophie de manière si générale et si totale qu'à aucun moment l'on ne pourrait dire de manière sensée que l'on fait un contresens en disant de sa pensée qu'elle est nazie (c'est principalement dû au fait que lorsque l'on parle de contresens, où suggère immédiatement un sens à substituer tandis qu'on ne pourrait substituer au heideggerianisme-nazi qu'un autre heideggerianisme, cette fois-ci indéterminé, mais qui serait tout sauf nazi).

On peut d'ailleurs pousser l'analyse jusqu'à reconnaître qu'il n'y a bien des thèses qui appartiennent à la pensée nazie (à condition de comprendre d'une part que des thèses antérieures à toute forme de nazisme peuvent être rétrospectivement déclarées nazies et, d'autre part, que le terme même de "pensée nazie" suppose que cette pensée, dans ses développements les plus détaillés ou les plus avortés, aurait été conforme à l'idéologie nazie (ce qui pose tout de suite des problèmes de calque : y a t-il une métaphysique nazie ? Une biologie proprement nazie ?). Dans le cas où une pensée nazie ne le serait pas de part en part mais seulement dans le partage de certaines thèses, alors on ménage pour le lecteur prude et pudique la possibilité de lire ces oeuvres sans avoir trop de scrupules).


L'abou a écrit:
Mais du coup, n'y a-t-il pas dans ces conditions quelque difficulté, parfois, à mettre en oeuvre certains concepts scolaires attachés à la pratique de l'explication de texte, tels que "faux sens" et "contresens"?

Je finirais sur l'idée de contresens, en objectant ceci : Si l'on peut faire des contresens dans la lecture et le commentaire d'un texte, comment est-il possible, sinon en postulant une ignorance plus ou moins généralisée (ce qui n'est pas une hypothèse très économe) qu'il subsiste des alternatives dans les interprétations des oeuvres, qui ne sont pas simplement dues à l'équivocité de certaines phrases ou à l'ambiguïté de certaines thèses, mais à des voies de compréhension et d'interprétation tout à fait différentes et, cela va sans dire, apparemment d'égale légitimité ? (J'entends par là le fait que des commentateurs insistent, lorsqu'il existe des textes qui indiquent des directions différentes, sur l'un plutôt que l'autre ou alors ramènent l'un à l'autre etc. Des problèmes de priorité, de hiérarchie ou d'ordre qui, généralement, cherchent à déterminer les intentions fondamentales d'une pensée).

Ma réponse est alors celle-ci : C'est que l'idée de contresens, prise communément, semble n'avoir de sens que sur le fond de la possibilité d'une interprétation définitive d'une pensée. Que le relativisme des interprétations, lui, ne semble être possible que sur le fond d'un sens changeant toujours qualitativement (à l'usage, ou à la tradition par exemple). Et que ces deux réponses sont en réalité trop grossières et qu'il faut reconnaître, d'une part contre le relativisme, qu'il est possible de faire des interprétations fausses, et d'autre part contre le dogmatisme, la souplesse de l'herméneutique et la vie du texte à travers les commentaires, les lecteurs et les époques.

Ou placer la question du nazisme de la pensée de Heidegger ? Disons que c'est une préoccupation de notre époque, qu'en tant que telle la question doit être poussée jusqu'au bout, qu'elle ne doit cependant pas empêcher la lecture de Heidegger (c'est à mon sens le critère-limite le plus fort) mais, au contraire, la fortifier voire la susciter, et qu'il ne faut jamais oublier que, dans ce débat, il ne sera jamais question de la philosophie de Heidegger en elle même, bref, qu'il faut débrancher cette question de l'idée d'une vérité unique d'une pensée qu'il s'agirait d'atteindre tout en admettant pouvoir trouver, sur le chemin de nos réflexions, certaines étapes définitives.
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PhiPhilo



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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Ven 27 Déc - 10:59

AlexisP a écrit:
affirmer qu'une pensée est nazie (contre ceux qui disent qu'elle ne l'est pas) c'est faire autre chose qu'affirmer, par exemple, que le fondement épistémologique de la pensée cartésienne est le cogito (contre ceux qui vont affirmer que c'est Dieu). Même si dans les deux cas on croit se donner une lumière à la lueur de laquelle l'on relirait la totalité de l'oeuvre, il n'en demeure pas moins que la question du nazisme d'une pensée naît à l'extérieure de la pensée (pour le cas Heidegger tout du moins) tandis que la question du fondement épistémologique cartésien semble se poser d'elle même à la lecture de l'auteur.
En effet, la relation cogito cartésien/épistémologie cartésienne est, d'emblée, une relation interne dans le sens où l'on n'a pas à sortir d'un corpus donné de textes cartésiens pour l'établir. Tandis que la relation nazisme de Heidegger/pensée de Heidegger semble requérir plutôt toute une série de preuves empiriques. Mais c'est qu'à mon avis, le problème est, dans ce deuxième cas, mal posé. Car de deux choses l'une :
- si par "nazisme de Heidegger", on entend "fondement nazi de la pensée de Heidegger", on est ramené au premier cas dans le sens où l'on va chercher ce qui est commun aux concepts fondateurs du nazisme et aux lignes de forces de la pensée heideggerienne (par exemple, comme le souligne Bourdieu, le mépris des masses et de leur quête de sécurité sociale) ; or, dans ce cas, on n'a nul besoin d'apprendre quoi que ce soit d'empirique à propos d'Heidegger (après tout, une pensée pourrait tout à fait être reconnue comme "nazi-compatible" sans que l'auteur lui-même fût un nazi notoire, ce qui est le cas, dans une certaine mesure, pour Nietzsche, par exemple)
- si, maintenant, par "nazisme de Heidegger", on entend "contexte biographique de la maturation de l'oeuvre heideggerienne", on est ramené au cas général que je développais supra, à savoir : le fait empirique (de sa participation au développement et à la diffusion de la "pensée" nazie, par exemple) étant établi indubitablement, comment fait-on (et pourquoi le fait-on ?) pour transformer ce fait en prémisse argumentative ? Bref, on en revient à : bon, d'accord, Heidegger fut un nazi, et après ? (question qui se complique encore si on veut faire de cet argumentaire une nouvelle prémisse pour décider de la question : Heidegger est-il philosophiquement fréquentable ?).
Tout ça pour dire, au risque de me répéter, et contrairement à ce que vous avez l'air de dire, que les deux questions (et, d'une manière générale, toute question ayant trait à la valeur) sont des questions internes qui supposent une règle (une "grille") de lecture préalable : prendre le cogito (plutôt que Dieu) comme fondement de l'épistémologie cartésienne, ou prendre l'idéologie nazie (plutôt que le romantisme) comme fondement de la pensée heideggerienne, c'est, dans les deux cas, rechercher, non pas une cause empirique, mais une raison conceptuelle de juger.

AlexisP a écrit:
La question du nazisme d'Heidegger semble toucher à sa philosophie de manière si générale et si totale qu'à aucun moment l'on ne pourrait dire de manière sensée que l'on fait un contresens en disant de sa pensée qu'elle est nazie (c'est principalement dû au fait que lorsque l'on parle de contresens, où suggère immédiatement un sens à substituer tandis qu'on ne pourrait substituer au heideggerianisme-nazi qu'un autre heideggerianisme, cette fois-ci indéterminé, mais qui serait tout sauf nazi).
Pourquoi l'assimilation bourdieusienne de l'ontologie heideggerienne à une ontologie politique plutôt que métaphysique ne serait-elle pas justiciable de l'imputation de contre-sens ? Pourquoi l'analogie de Faye selon laquelle l'être est à l'étant (dans la métaphysique heideggerienne) ce que l'Etat est au peuple (dans la politique nazie) ne pourrait-elle pas être qualifiée de non-sens ? Pourquoi la suggestion lévinassienne selon laquelle la pensée heideggerienne de l'être est oubli de l'Autre ne pourrait-elle pas constituer un faux-sens ?

AlexisP a écrit:
Je finirais sur l'idée de contresens, en objectant ceci : Si l'on peut faire des contresens dans la lecture et le commentaire d'un texte, comment est-il possible, sinon en postulant une ignorance plus ou moins généralisée (ce qui n'est pas une hypothèse très économe) qu'il subsiste des alternatives dans les interprétations des oeuvres, qui ne sont pas simplement dues à l'équivocité de certaines phrases ou à l'ambiguïté de certaines thèses, mais à des voies de compréhension et d'interprétation tout à fait différentes et, cela va sans dire, apparemment d'égale légitimité ? (J'entends par là le fait que des commentateurs insistent, lorsqu'il existe des textes qui indiquent des directions différentes, sur l'un plutôt que l'autre ou alors ramènent l'un à l'autre etc. Des problèmes de priorité, de hiérarchie ou d'ordre qui, généralement, cherchent à déterminer les intentions fondamentales d'une pensée).
N'y a-t-il pas de compréhension sans interprétation ? Et, sinon, l'interprétation est-elle nécessairement antérieure à la compréhension ? Je veux dire, est-ce que c'est en raison de "l'équivocité de certaines phrases ou [...] l'ambiguïté de certaines thèses" qu'on est tenté d'interpréter ? Ne serait-ce pas plutôt le contraire ?
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MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Ven 27 Déc - 11:50

Si j'ai posé la question l'autre jour en termes généraux («en ouvrant un livre de A, nous ne lisons jamais A ni même ce qu'A a écrit») et si j'ai évité de parler de «pensée nazie», c'est d'une part parce que j'avais le sentiment que la thèse était tout à fait générale (my mistake si elle ne l'est pas, mais alors elle a aussi besoin d'explications, d'un autre type il est vrai), d'autre part parce que je ne suis pas bien certain de donner un sens précis à l'expression même de «pensée nazie».

(Je laisse également de côté l'exemple cartésien.)

Si l'on construit «la pensée de H est N» de telle façon que «N» ne puisse qualifier que de manière «générale et totale» la pensée de H, je comprends dans une certaine mesure les remarques faites. Mais j'ai l'impression qu'en ce cas la seule proposition interprétative dont on discute soit précisément «la pensée de H est N». Or, outre que les questions du dernier post de PhiPhilo montrent que cela se laisse tout de même spécifier en questions plus précises, et qui entretiennent un rapport à première vue plus serré à la lettre des textes --- de sorte que parler de faux sens, non-sens, contresens semble bien n'être pas absurde ---, je me demande si passer par ces questions plus précises ne constitue pas le seul moyen de donner une portée et un sens à la thèse interprétative générale «la pensée de H est N».

Par ailleurs, je suis tout prêt à reconnaître qu'il existe des contresens plus difficiles à établir que d'autres, ou, si cette formulation paraît déjà trop «dogmatique», plus contestables que d'autres. Il ne me semble pas, toutefois, que cette catégorie même suppose, pour avoir un sens et pour être susceptible d'un emploi, qu'il soit possible de régler son sort définitivement à une oeuvre. (Bien entendu, si l'on prend des thèses interprétatives de portée tout à fait générale sur l'oeuvre, la tentation sera plus grande d'affirmer cela.) Qu'il y ait des cas où l'on ne puisse trancher de manière tout à fait définitive, bien entendu, cela arrive aussi (et, parfois, en relation avec des éléments, pour le coup, purement factuels, par exemple des questions de datation d'un manuscrit). Qu'on ne puisse dire qu'une interprétation épuise une oeuvre, il n'y a pas de raison de le nier. Toutefois, lorsque deux interprétations différentes sont clairement incompatibles (ce qui n'arrive pas toujours!), il ne me pose aucun problème de dire que c'est que l'une d'elles au moins doit être fausse. Si elles ne diffèrent que, si j'ose dire, par une distribution de l'intérêt accordé à telle ou telle thèse ou des degrés d'importance de tel ou tel aspect (ce qui arrive assez souvent), je ne suis pas enclin à parler d'incompatibilité.

Par ailleurs nous nous sommes beaucoup éloignés de la question initiale de Christophe.Sabattier, qui n'est pas, non plus, épuisée.
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