Agrég et Capes de Philosophie

Forum pour les candidats au capes et à l'agrégation de philosophie
 
AccueilS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 sur un certain irrationalisme

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant
AuteurMessage
l'abou

avatar

Nombre de messages : 999
Age : 39
Lieu de résidence : ici et là
Date d'inscription : 07/04/2013

MessageSujet: sur un certain irrationalisme   Ven 15 Nov - 20:07

http://www.mezetulle.net/article-reflexions-sur-entre-chiens-et-loups-d-edith-fuchs-par-j-m-muglioni-121085502.html

Il n'y a que très peu de choses dans cet article que je n'approuve pas. (En revanche je n'ai pas lu le livre d'Edith Fuchs.)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
fabopoulos



Nombre de messages : 380
Age : 41
Lieu de résidence : Caen
Date d'inscription : 19/06/2008

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Sam 16 Nov - 11:31

Je suis nettement moins convaincu, mais c'est difficile à discuter, d'abord parce que l'analyse va dans tous les sens, ensuite parce qu'il ne s'agit pas du livre lui-même mais d'un compte-rendu.

Malgré cela, et sans rentrer dans les détails, il y a trois critiques que je ferais à cet article :
- il s'agit de départager la philosophie dite authentique de ses imitations. Admettons. Quelle est cette philosophie authentique ? Qu'est-ce qui permet de dire qu'elle est chez certains et pas chez d'autres ? Je me méfie de ce genre de distinctions qui a d'abord pour fonction d'exclure et d'invalider certains discours parce que "non-philosophiques".
- le propos initial est intéressant : montrer ce qui a pu conduire de la philosophie à l'idéologie et enfin au nazisme, donc ce qui a pu nous mener de la pensée à la négation de la pensée. Si j'en crois le chapeau de l'article, l'auteure a dû pour cela lire toute une littérature pseudo-philosophique particulièrement odieuse et indigeste. Mais de quelle littérature s'agit-il ? Je ne vois ici que les noms de Nietzsche et d'Arendt. Je pensais qu'il s'agissait de regarder, par exemple, du côté de la formation d'une littérature antisémite (que Nietzsche condamne et qu'Arendt analysera, soit dit en passant). Or, il n'en est rien.
- L'argument est très ambitieux : retourner aux origines philosophiques (ou plutôt pseudo-philosophiques) du nazisme. N'est-ce pas donner trop d'importance à la philosophie dans l'histoire des hommes ? Il me semble que c'est trop se prendre au sérieux que croire que le monde dépende de nos idées. Il me semble aussi que l'auteure se donne cette facilité typique de certains professeurs de philosophie, qui interprètent le monde à partir de ce qu'ils connaissent le mieux, à savoir les textes philosophiques.

Je peux bien sûr me tromper... mais ça ne me donne guère envie de lire cet ouvrage, honnêtement.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
l'abou

avatar

Nombre de messages : 999
Age : 39
Lieu de résidence : ici et là
Date d'inscription : 07/04/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Sam 16 Nov - 13:50

fabopoulos a écrit:
N'est-ce pas donner trop d'importance à la philosophie dans l'histoire des hommes ?
Effectivement, si jamais c'était ce qui est fait, ce serait à mon sens une critique justifiée. Il est difficile de dire à propos du seul CR de lecture si c'est le cas du livre ou non (et il est difficile de dire à partir du seul CR si l'auteur du CR partage une thèse de ce genre, ce qui, on peut le savoir par ailleurs, n'est pas le cas - mais je n'exclus pas qu'il y ait quand même un problème de dosage).

On peut aussi se dire (c'est comme ça que je le comprends) que le livre et son CR ne soutiennent pas la thèse suivant laquelle le  nazisme est de A à Z l'oeuvre d'une dizaine de (pseudo-)philosophes, mais s'interrogent, ce qui est bien différent, sur le mouvement par lequel la pensée völkisch s'est cherché, et visiblement s'est trouvé sans avoir, au fond, vraiment eu à la chercher, une caution (pseudo-)philosophique. Autrement dit comme de l'histoire intellectuelle (à distinguer de l'histoire tout court et à replacer dans son contexte).

L'insistance sur les noms de Nietzsche et d'Arendt, je crois, tient au CR plus qu'au livre (enfin j'imagine); ce n'est pas étonnant que le CR privilégie les auteurs les plus connus que le livre traite.

Par ailleurs, ça ne me gêne pas plus que ça qu'on distingue la philosophie de ses imitations. Par exemple, si quelqu'un essayait de m'expliquer que ce titre, quand il est donné par un journaliste à (par exemple) Edgar Morin, est usurpé, je jugerais certainement qu'il perd son temps dans la mesure où j'en suis déjà convaincu, mais le propos lui-même ne me paraîtrait pas absurde.


Dernière édition par l'abou le Ven 22 Nov - 14:14, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité



MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Sam 16 Nov - 17:11

C'est à croire que l'épuration ne finira jamais. Si encore il s'agissait d'autre chose que d'enfoncer des portes ouvertes et de tondre, pour la énième fois et en agitant des platitudes, Nietzsche ou Heidegger, ou Schmitt, Hegel, Kant, etc.
Mais on comprend bien qu'entre membres du bottin mondain philosophique, il est de bon ton de se congratuler réciproquement : "travail considérable", "ouvrage revigorant", "le lecteur sera comme moi étonné et admiratif", etc. Le tout, évidemment, couronné par "le prix Osiris de l'académie des sciences morales et politiques". Et pourquoi pas le Panthéon pour Madame, à l'occasion ?

Et, comme le remarquait à peu près fabopoulos, c'est donner à la philosophie une importance qu'elle n'a pas. Même celui qui fait de la philosophie n'est guère changé par ce qu'il pense, mais c'est plutôt ce qu'il fait qui change ce qu'il pense ; ce serait donc incroyable qu'il ait le pouvoir d'endoctriner ceux qui le lisent (et qui ne sont pas si nombreux, surtout si on retranche du nombre des lecteurs le nombre de ceux qui comprennent l'essentiel de travers). Soit Edith Fuchs prétend donc que la philosophie fait arriver l'événement, soit elle présuppose que la philosophie, comme la chouette, ne vient qu'au crépuscule pour clarifier ce qui nous est arrivé ; et si c'est le cas, (option peu probable puisqu'elle adhérerait ainsi, horreur ! à une philosophie primo-nazie) pourquoi aurait-elle écrit ce livre ? Il n'y a jamais d'interrogation innocente, abou. Le savoir pour le savoir, je n'y crois pas.

Revenir en haut Aller en bas
l'abou

avatar

Nombre de messages : 999
Age : 39
Lieu de résidence : ici et là
Date d'inscription : 07/04/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Sam 16 Nov - 17:22

dom a écrit:
Soit Edith Fuchs prétend donc que la philosophie fait arriver l'événement, soit elle présuppose que la philosophie, comme la chouette, ne vient qu'au crépuscule pour clarifier ce qui nous est arrivé ; et si c'est le cas, (option peu probable puisqu'elle adhérerait ainsi, horreur ! à une philosophie primo-nazie) pourquoi aurait-elle écrit ce livre ? Il n'y a jamais d'interrogation innocente, abou. Le savoir pour le savoir, je n'y crois pas.
Je ne vais pas défendre le livre sans l'avoir lu: mais je pense que ton alternative laisse de côté pas mal d'autres options. Autrement dit, je ne vois pas pourquoi on jugerait inutile de s'interroger sur le courant d'idées constitué par exemple (je prends ceux que j'ai, un peu, lus:) par Baeumler, Spengler, Jünger, etc., à moins d'estimer qu'ils ont une responsabilité à la fois directe et intégrale dans l'histoire. Au contraire, rien n'est plus habituel que de s'interroger sur un aspect d'un phénomène (historique) sans pour autant prétendre que cet aspect explique et épuise tout le phénomène historique.


Dernière édition par l'abou le Sam 16 Nov - 17:56, édité 1 fois (Raison : phrase 1: «laisse» modifié en «laisse de côté»)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
gigi61

avatar

Nombre de messages : 14
Age : 83
Lieu de résidence : France
Date d'inscription : 15/11/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Sam 16 Nov - 17:34

fabopoulos a écrit:
Je suis nettement moins convaincu, mais c'est difficile à discuter, d'abord parce que l'analyse va dans tous les sens, ensuite parce qu'il ne s'agit pas du livre lui-même mais d'un compte-rendu.

Malgré cela, et sans rentrer dans les détails, il y a trois critiques que je ferais à cet article :
- il s'agit de départager la philosophie dite authentique de ses imitations. Admettons. Quelle est cette philosophie authentique ? Qu'est-ce qui permet de dire qu'elle est chez certains et pas chez d'autres ? Je me méfie de ce genre de distinctions qui a d'abord pour fonction d'exclure et d'invalider certains discours parce que "non-philosophiques".
- le propos initial est intéressant : montrer ce qui a pu conduire de la philosophie à l'idéologie et enfin au nazisme, donc ce qui a pu nous mener de la pensée à la négation de la pensée. Si j'en crois le chapeau de l'article, l'auteure a dû pour cela lire toute une littérature pseudo-philosophique particulièrement odieuse et indigeste. Mais de quelle littérature s'agit-il ? Je ne vois ici que les noms de Nietzsche et d'Arendt. Je pensais qu'il s'agissait de regarder, par exemple, du côté de la formation d'une littérature antisémite (que Nietzsche condamne  et qu'Arendt analysera, soit dit en passant). Or, il n'en est rien.
- L'argument est très ambitieux : retourner aux origines philosophiques (ou plutôt pseudo-philosophiques) du nazisme. N'est-ce pas donner trop d'importance à la philosophie dans l'histoire des hommes ? Il me semble que c'est trop se prendre au sérieux que croire que le monde dépende de nos idées. Il me semble aussi que l'auteure se donne cette facilité typique de certains professeurs de philosophie, qui interprètent le monde à partir de ce qu'ils connaissent le mieux, à savoir les textes philosophiques.

Je peux bien sûr me tromper... mais ça ne me donne guère envie de lire cet ouvrage, honnêtement.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
gigi61

avatar

Nombre de messages : 14
Age : 83
Lieu de résidence : France
Date d'inscription : 15/11/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Sam 16 Nov - 17:38

"Je ne vois ici que les noms de Nietsche et d'Arendt" nous dit Fabopoulos ! Mais ce n'est pas ce que nous rapporte cet article si l'on prend la peine de le lire !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
gigi61

avatar

Nombre de messages : 14
Age : 83
Lieu de résidence : France
Date d'inscription : 15/11/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Sam 16 Nov - 17:48

l'abou a écrit:


Il n'y a que très peu de choses dans cet article que je n'approuve pas. (En revanche je n'ai pas lu le livre d'Edith Fuchs.)
Pour ma part je souscris à cet article qui nous livre un compte-rendu de la pensée de l'auteur dans son livre ce me semble.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité



MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Sam 16 Nov - 23:30

l'abou a écrit:
Je ne vais pas défendre le livre sans l'avoir lu: mais je pense que ton alternative laisse de côté pas mal d'autres options. Autrement dit, je ne vois pas pourquoi on jugerait inutile de s'interroger sur le courant d'idées constitué par exemple (je prends ceux que j'ai, un peu, lus:) par Baeumler, Spengler, Jünger, etc., à moins d'estimer qu'ils ont une responsabilité à la fois directe et intégrale dans l'histoire. Au contraire, rien n'est plus habituel que de s'interroger sur un aspect d'un phénomène (historique) sans pour autant prétendre que cet aspect explique et épuise tout le phénomène historique.
Bien sûr, il y a d'autres options, il y a toujours d'autres options, mais il y en a qui sont bonnes, et d'autres qui sont mauvaises, fausses ou bizarres. Je ne crois pas avoir changé de vie ni de manière de penser à force de disserter et de lire des traités de Spinoza, et de toute évidence, je ne suis pas seul dans mon cas. Il y a des collègues qui, après avoir analysé tel texte de Pascal sur le divertissement, vont jouer aux cartes, etc.
Force est de constater que l'ambition de ce livre est en tout cas très consensuelle et que sa recension n'en montre guère l'originalité. On ne peut qu'être d'accord avec ce qui est rapporté : c'est là le problème, c'est un livre fait pour mettre d'accord.
Revenir en haut Aller en bas
houmous



Nombre de messages : 4
Age : 42
Lieu de résidence : Paris
Date d'inscription : 17/11/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 1:21

"Je n’ai rien dit de toute la réflexion menée à propos de l’antisémitisme, le symbole du juif chez Nietzsche et chez Marx lui-même, et le racisme d’une manière générale consubstantiel à l’idée de Volk."

Le symbole du juif chez Nietzsche ? Peut-on m'en dire plus ? Nietzsche critique le judaïsme pour avoir inventer la notion de prêtre, critique qui ressemble à celle d'Hegel quand il s'en prend à Abraham. Sont-ils antisémite ? Je pensais que les nuées de l'antisémitisme de Nietzsche ont été soufflé depuis les articles publiés avant la seconde guerre par Bataille.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
fabopoulos



Nombre de messages : 380
Age : 41
Lieu de résidence : Caen
Date d'inscription : 19/06/2008

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 11:04

gigi61 a écrit:
"Je ne vois ici que les noms de Nietsche et d'Arendt" nous dit Fabopoulos ! Mais ce n'est pas ce que nous rapporte cet article si l'on prend la peine de le lire !
Oui, merci, c'est gentil de le signaler, j'ai pris la peine de le lire aussi. Smile Il me semblait avoir été clair, mais je précise : ce sont les seuls noms qui font l'objet d'une attaque un tant soit peu fournie, alors même que je m'attendais à retrouver une toute autre littérature. Mais il est probable que ce soit dans l'ouvrage et non dans le CR, donc prudence.

Ceci étant, le CR laisse la désagréable impression que certaines philosophies n'en sont pas et qu'elles ont des accointances avec le nazisme (on n'est pas très loin du point Godwin). Ce qui est une attaque lourde de conséquence, qui revient à disqualifier d'emblée ceux qu'on vise. Il faut donc éviter d'en user à la légère.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tom



Nombre de messages : 715
Age : 30
Date d'inscription : 10/04/2011

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 11:31

Je vais être d'accord avec l'abou, ce livre semble surtout vouloir établir une causalité intellectualo-intellectuelle, plutôt qu'historico-intellectuelle ; d'où sa défense concomitante d'une conception rationaliste de la philosophie, contre une certaine tentation esthétisante qui a pu entraîner un engouement intellectuel pour le nazisme (engouement que le rationalisme classique n'aurait par lui-même pas pu déclencher).

La question ne semble donc pas vraiment neuve par rapport à l'opposition bien établie entre la tradition métaphysique et le courant critique qui depuis deux siècles tente de l'évider.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
l'abou

avatar

Nombre de messages : 999
Age : 39
Lieu de résidence : ici et là
Date d'inscription : 07/04/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 11:33

houmous a écrit:
Le symbole du juif chez Nietzsche ? Peut-on m'en dire plus ? Nietzsche critique le judaïsme pour avoir inventé la notion de prêtre, critique qui ressemble à celle de Hegel quand il s'en prend à Abraham. Sont-ils antisémites ?
Les textes sont assez connus; voir effectivement la Généalogie de la morale, et par exemple Par-delà le bien et le mal §195 (on trouve des textes nettement plus délicats à «récupérer», mais on trouve aussi bon nombre de déclarations très claires, bien sûr mises à l'écart par les idéologues des années 1920-1930, où Nietzsche condamne l'antisémitisme comme une stupidité). En disant que chez Nietzsche ça fonctionne comme un symbole on rappelle effectivement qu'y voir directement de l'antisémitisme de l'espèce plate ordinaire ne fonctionne pas. Aussi la question est-elle davantage celle des usages de Nietzsche, éventuellement de ce qui chez Nietzsche permet un tel usage, que la question des idées de Nietzsche lui-même.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
l'abou

avatar

Nombre de messages : 999
Age : 39
Lieu de résidence : ici et là
Date d'inscription : 07/04/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 11:35

Tom a écrit:
La question ne semble donc pas vraiment neuve par rapport à l'opposition bien établie entre la tradition métaphysique et le courant critique qui depuis deux siècles tente de l'évider.
De quelle façon coordonnes-tu métaphysique/critique et irrationalisme/rationalisme? (Spontanément, je n'aurais pas fait le rapprochement, mais nous mettons peut-être des choses différentes sous ces grandes étiquettes.)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tom



Nombre de messages : 715
Age : 30
Date d'inscription : 10/04/2011

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 11:57

l'abou a écrit:
Tom a écrit:
La question ne semble donc pas vraiment neuve par rapport à l'opposition bien établie entre la tradition métaphysique et le courant critique qui depuis deux siècles tente de l'évider.
De quelle façon coordonnes-tu métaphysique/critique et irrationalisme/rationalisme? (Spontanément, je n'aurais pas fait le rapprochement, mais nous mettons peut-être des choses différentes sous ces grandes étiquettes.)
Il semble que d'après l'auteur, la "vraie philosophie" soit rationaliste, et que cela suppose que la raison soit fondée par le haut (pouvoir de penser et de raisonner à l'écart des intérêts matériels et sensibles) et non par le bas (comme cherche à le montrer, chaque fois à sa propre manière, toute critique de ce pouvoir universel dit "rationnel").

Du coup mon usage du terme de "métaphysique" est effectivement à prendre au sens de ce qui relève d'une fondation universelle (dans la mesure où Kant lui-même est un grand critique de "la" métaphysique, tout en renouvelant puissamment le motif d'une raison universelle). Dans ce cadre, l'auteur semble donc prendre non pas le parti de "la" métaphysique, mais encore une fois celui d'une raison universellement fondée (donc capable, en droit, d'identifier ses faussaires).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
l'abou

avatar

Nombre de messages : 999
Age : 39
Lieu de résidence : ici et là
Date d'inscription : 07/04/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 12:03

OK. Oui, c'est exactement le parti de Muglioni, aucune espèce de doute là-dessus. Pour le connaître un tout petit peu personnellement, ainsi d'ailleurs qu'Edith Fuchs, je ne serais même pas très surpris qu'il ait légèrement durci cet aspect dans son CR.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tom



Nombre de messages : 715
Age : 30
Date d'inscription : 10/04/2011

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 12:26

Notre formateur (stage) nous a lui aussi parlé de Muglioni, notamment de la période où il était inspecteur.

Au-delà du débat de fond, je pense pour ma part que l'on ne peut pas faire l'économie de l'exigence rationaliste, ne serait-ce que pour éviter que le philosophe/le professeur ne scie la branche sur laquelle il est assis. Mais quant à trancher une telle question à l'échelle de la philosophie elle-même, il en va d'un débat que notre besoin de sommeil et nos activités professionnelles et familiales nous empêcheraient probablement de faire avancer ici... ^^
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
l'abou

avatar

Nombre de messages : 999
Age : 39
Lieu de résidence : ici et là
Date d'inscription : 07/04/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 12:44

C'est d'un autre Muglioni que ton formateur parlait (Jacques Muglioni, contrairement à Jean-Michel Muglioni, son fils, qui a terminé sa carrière en khâgne à Louis le Grand, a été IG; il est mort il y a un peu plus d'une quinzaine d'années). Pour ses positions (à Jacques Muglioni) sur l'enseignement de la philosophie, on peut les trouver dans un ouvrage édité par le CNDP, intitulé L'École ou le loisir de penser.


Dernière édition par l'abou le Dim 17 Nov - 13:35, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tom



Nombre de messages : 715
Age : 30
Date d'inscription : 10/04/2011

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 12:48

Ah ! Merci pour la rectification.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
l'abou

avatar

Nombre de messages : 999
Age : 39
Lieu de résidence : ici et là
Date d'inscription : 07/04/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 13:37

Tom a écrit:
je pense pour ma part que l'on ne peut pas faire l'économie de l'exigence rationaliste, ne serait-ce que pour éviter que le philosophe/le professeur ne scie la branche sur laquelle il est assis.
Je partage tout à fait.

De façon amusante, l'image que tu emploies est précisément celle que j'ai entendu employer par un professeur, qui exprimait ainsi son adhésion à la lecture heideggerienne de l'histoire de la métaphysique: le but de toute l'opération est exactement, pour le philosophe, disait-il, de scier la branche sur laquelle il est perché.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
fabopoulos



Nombre de messages : 380
Age : 41
Lieu de résidence : Caen
Date d'inscription : 19/06/2008

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 14:31

Ce critère de distinction (l'exigence de rationalité) me parait bon, notamment du point de vue de l'enseignement de la philosophie. C'est pourquoi Kant est un auteur qui s'adapte nettement mieux à l'enseignement en terminale que Nietzsche (indépendamment de la difficulté des textes). Néanmoins, cela ne va pas sans problème :
- qu'est-ce qui est rationnel ? Si c'est la cohérence, alors force est de reconnaître que Nietzsche, malgré les apparences, est rationnel. Il suffit de lire attentivement les textes...
- qu'est-ce qui donne raison à la raison ? On ne peut empêcher la philosophie d'aller jusqu'à interroger la raison elle-même. C'est même sa tâche. C'est ce que fond, chacun à leur manière, Kant, Nietzsche, Arendt.

Ce n'est donc pas un critère de décision simple et évident qui permettrait de disqualifier certains philosophes. Là encore, jouer de prudence n'est pas inutile.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
euthyphron

avatar

Nombre de messages : 236
Age : 57
Lieu de résidence : Saint-Brieuc
Date d'inscription : 20/01/2012

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 14:42

Sur le même sujet, ou à peu près, je voulais rappeler l'existence d'un ouvrage classique un peu oublié, paru dans les années 20, et méprisé par Sartre : La Trahison des clercs de Julien Benda.
Deux différences par rapport à Edith Fuchs (que je n'ai évidemment pas lue) : il a été écrit avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler, et il vaut pour tous les intellectuels, et pas exclusivement pour les philosophes.
Plutôt qu'exiger un rationalisme obligatoire sous peine de retomber dans les délires de la peste brune, Julien Benda nous invite plus modestement à préserver les valeurs de l'esprit, en dénonçant la fascination de l'intelligence pour son contraire, la force brutale. La nuance me paraît intéressante.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
thaumatzein

avatar

Nombre de messages : 499
Age : 33
Lieu de résidence : Utopia
Date d'inscription : 22/03/2010

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 16:16

fabopoulos a écrit:

- qu'est-ce qui est rationnel ? Si c'est la cohérence, alors force est de reconnaître que Nietzsche, malgré les apparences, est rationnel. Il suffit de lire attentivement les textes...
Mince, ma lecture de cet auteur doit être bien superficielle. D'ailleurs, la cohue autour de l'interprétation de son oeuvre doit l'être tout autant. Plus sérieusement, je ne crois pas que la cohérence soit la chose plus intéressante chez Nietzsche. Et la cohérence n'est pas non plus un critère ultime. On peut être très très con de façon cohérente.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
fabopoulos



Nombre de messages : 380
Age : 41
Lieu de résidence : Caen
Date d'inscription : 19/06/2008

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 16:48

thaumatzein a écrit:
fabopoulos a écrit:

- qu'est-ce qui est rationnel ? Si c'est la cohérence, alors force est de reconnaître que Nietzsche, malgré les apparences, est rationnel. Il suffit de lire attentivement les textes...
Mince, ma lecture de cet auteur doit être bien superficielle. D'ailleurs, la cohue autour de l'interprétation de son oeuvre doit l'être tout autant. Plus sérieusement, je ne crois pas que la cohérence soit la chose plus intéressante chez Nietzsche. Et la cohérence n'est pas non plus un critère ultime. On peut être très très con de façon cohérente.
Je ne dis pas que la cohérence est un critère suffisant... Oui, on peut dire des âneries avec cohérence. Je dis juste qu'à l'épreuve de la lecture, les textes de Nietzsche sont souvent cohérents, et donc rationnels, d'un certain point de vue. Ce qui me permet de le dire, c'est l'explication des textes, faite en classe avec des élèves, plus que la lecture de tel ou tel ouvrage. C'est souvent très logique, plus qu'il n’apparaît au premier regard.

Désolé si tu y vois un signe de mépris, ou autre. Il s'agit, au départ, de discuter d'un critère d'opposition, entre philosophie et pseudo-philosophie, utilisé dans un compte-rendu, et qui m’apparaît problématique... Pas la peine de s'exciter. Par contre, si je ne suis pas assez explicite, je peux m'expliquer (et me tromper), ça va de soi.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
houmous



Nombre de messages : 4
Age : 42
Lieu de résidence : Paris
Date d'inscription : 17/11/2013

MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   Dim 17 Nov - 21:51

houmous a écrit:
Aussi la question est-elle davantage celle des usages de Nietzsche, éventuellement de ce qui chez Nietzsche permet un tel usage, que la question des idées de Nietzsche lui-même.
Dans ce cas quels sont les concepts qui posent problèmes ? Quels sont leurs origines ? La Volonté de puissance viendrait en partie de Spinoza, en ce qui concerne la puissance, parce que la Volonté de dominer autrui, je ne pense pas. La guerre viendrait d'Héraclite. Contrairement à ce que pensaient nos poilus allemands, Nietzsche concevait la guerre comme dualité, dialectique (on pense à la guerre entre Apollon et Dionysos). Quoi d'autre ? Son rapport à l'"aristocratique", son rejet du socialisme, de la démocratie ? Son rejet de toute "pitié" ? Qui vient de La Rochefoucauld (contre Rousseau).

Est-ce que le mauvais usage d'un philosophe le discrédite ? J'éviterai pour ma part de tomber dans le onfrayisme.[/quote]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: sur un certain irrationalisme   

Revenir en haut Aller en bas
 
sur un certain irrationalisme
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 3Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant
 Sujets similaires
-
» sur un certain irrationalisme

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Agrég et Capes de Philosophie :: Fourre-Tout : pour parler d'autres choses. :: Etudier la philosophie-
Sauter vers: