Agrég et Capes de Philosophie

Forum pour les candidats au capes et à l'agrégation de philosophie
 
AccueilS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Quelles voies d'accès vers les concours ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
thaumatzein

avatar

Nombre de messages : 499
Age : 33
Lieu de résidence : Utopia
Date d'inscription : 22/03/2010

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Ven 10 Fév - 14:24

dom a écrit:
Augustin a écrit:

Que l'aisance intellectuelle soit une aide pour réussir aux concours, i.e. composer des dissertations bien charpentées, bien voir les liens entre les problèmes, etc. personne ne le niera je crois. Mais attention : dire cela, ce n'est ni dire que ceux qui échouent n'aient pas cette aisance (car d'autres facteurs entrent en jeu), ni qu'il faille nécessairement cette aisance pour réussir.

Bien entendu. Il vaut mieux avoir de l'aisance intellectuelle au même titre qu'il vaut mieux avoir un stylo le jour de l'épreuve. J'ai eu peur, un court instant, que tu conseilles à Sisyphe de vérifier s'il possède cette "aisance intellectuelle" "plutôt au-dessus de la moyenne" qui lui permettrait de prétendre au concours. Et je voyais déjà Sisyphe, qui a l'air particulièrement anxieux, tester son Q.I.
Nous sommes naturellement tous exceptionnellement intelligents. Et nous n'avons pas à en rougir. Nous sommes des hyperboréens.
Quelle ironie noire et mordante. J'aime
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
lene75
Gold Member
Gold Member
avatar

Nombre de messages : 1408
Age : 34
Lieu de résidence : chez moi
Date d'inscription : 12/10/2007

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Ven 10 Fév - 15:53

Romuald a écrit:
thaumatzein a écrit:
lene75 a écrit:
Ça sent la déprime, ce message, dom... cela dit, je suis d'accord sur le fond. Il faut savoir ce que c'est vraiment que d'enseigner, donc faire un remplacement, probablement, oui, mais aussi parler avec des profs de philo, parce qu'un remplacement pépère - ça existe- ne montre pas forcément toute la réalité du métier. Et puis il ne faut pas se lancer dans les concours sans savoir ce que signifie TZR, sans connaître les règles d'affectation, sans savoir ce qui se passe quand on perd son poste, etc.

Que signifie "perdre son poste" quand on est titulaire ?

Un titulaire d'un poste fixe peut perdre son poste en partant en mesure de carte scolaire ; il n'y a plus (ou plus assez) d'heures à assurer dans son établissement ; son poste est fermé et il doit participer au mouvement intra-académique (avec certes des bonifications pour être réaffecté au plus près de son ancien établissement, mais dans les disciplines à petits effectifs comme la philo, on peut être envoyé assez loin).

Voilà, c'est ça. Pour préciser pour les néophytes, ça signifie qu'on peut se retrouver envoyé en poste un peu n'importe où dans l'académie ou se retrouver TZR, c'est-à-dire remplaçant (à l'année ou pour des remplacements courts) sur une zone. Dans mon académie la zone est le département et les affectations hors zone (c'est-à-dire dans un autre département) sont monnaie courante. Le service peut également être partagé sur plusieurs établissements (jusqu'à 3 comme c'est le cas pour la TZR de mon établissement), pas forcément situés dans le même département. Un TZR peut toujours essayer de négocier mais ne peut en aucun cas refuser une affectation.

Pour ce qui est du passage de l'agrégation seule, je n'en vois pas bien l'intérêt, la préparation du Capes étant incluse dans celle de l'agreg (par le biais des épreuves hors programme de l'agreg). Et mieux vaut avoir plusieurs cordes à son arc, car la plus grande facilité du Capes est à nuancer, pas mal d'agrégés n'ayant pas été admissibles au Capes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Augustin



Nombre de messages : 29
Age : 32
Lieu de résidence : Paris
Date d'inscription : 12/03/2009

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Ven 10 Fév - 21:33

lene75 a écrit:
Pour ce qui est du passage de l'agrégation seule, je n'en vois pas bien l'intérêt, la préparation du Capes étant incluse dans celle de l'agreg (par le biais des épreuves hors programme de l'agreg). Et mieux vaut avoir plusieurs cordes à son arc, car la plus grande facilité du Capes est à nuancer, pas mal d'agrégés n'ayant pas été admissibles au Capes.

J'indique la raison plus haut (ne pas avoir le couperet d'une seule année de report après l'admission au Capes). Mais en effet, mieux vaut être plutôt sûr de soi pour faire un tel choix !

Sur le fait que pas mal d'agrégés n'ont pas été admissibles au Capes, c'est le cas en effet, mais partiellement sans doute parce qu'ils axent essentiellement leur préparation sur l'Agrégation et non sur le programme de Terminale. Je pense qu'il y a une vraie plus-value dans la préparation de ce programme précis, par notions, plus restreint et donc plus "assuré" que le HP extrêmement large de l'agrégation. Dire que l'on se prépare le Capes et le HP de l'agrégation sensiblement de la même manière n'est pas vrai, à mon humble avis.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
lene75
Gold Member
Gold Member
avatar

Nombre de messages : 1408
Age : 34
Lieu de résidence : chez moi
Date d'inscription : 12/10/2007

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Ven 10 Fév - 22:29

Augustin a écrit:
Dire que l'on se prépare le Capes et le HP de l'agrégation sensiblement de la même manière n'est pas vrai, à mon humble avis.

Pourtant je n'ai préparé que l'agreg, et c'est le Capes que j'ai eu, avec notamment une très bonne note en leçon sur un sujet assez loin des notions de terminale.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Meta

avatar

Nombre de messages : 3077
Age : 38
Lieu de résidence : In your mind
Date d'inscription : 14/04/2008

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Sam 11 Fév - 2:05

Pour ma part, j'ai eu deux fois 13 à l'agrégation sur l'épreuve de dissertation sur programme sans avoir touché au moindre livre et avoir bossé l'épreuve. J'ai eu aussi deux fois 5 les deux années où j'ai bossé le dit programme...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://metamonde.over-blog.com/
Mr_Z



Nombre de messages : 1751
Age : 43
Lieu de résidence : Twin Peaks
Date d'inscription : 28/05/2008

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Sam 11 Fév - 10:26

Shocked
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Meta

avatar

Nombre de messages : 3077
Age : 38
Lieu de résidence : In your mind
Date d'inscription : 14/04/2008

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Sam 11 Fév - 13:35

Mr_Z a écrit:
Shocked

Quoi ? ça t'étonne ?? ^^

Du moment que ta problématique est bonne et tes références solides, point de souci ; pour le devoir sur l'art, je maîtrisais mon cours sur l'art et pour le devoir de l'année dernière sur l'histoire, je maîtrisais mon cours de terminale sur l'histoire. Cela a suffit amplement.

Les bibliographies à rallonge pour cette épreuve, c'est du pipeau...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://metamonde.over-blog.com/
Mr_Z



Nombre de messages : 1751
Age : 43
Lieu de résidence : Twin Peaks
Date d'inscription : 28/05/2008

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Sam 11 Fév - 14:16

tout cela me laisse amer, même avec la meilleure volonté du monde, il n'y a pas de recette pour réussir à coup sûr...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Meta

avatar

Nombre de messages : 3077
Age : 38
Lieu de résidence : In your mind
Date d'inscription : 14/04/2008

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Sam 11 Fév - 14:21

Mr_Z a écrit:
tout cela me laisse amer, même avec la meilleure volonté du monde, il n'y a pas de recette pour réussir à coup sûr...

Oui, c'est la raison pour laquelle j'ai horreur du système de concours et que je préfère le mode de recrutement sur diplôme, expérience et personnalité, avec inspection pour valider ou invalider. L'interne est une aberration d'ailleurs, c'est l'inspecteur qui devrait, par une inspection (ou deux, pourquoi pas), te donner ou te refuser le diplôme ; ce serait plus économique, moins hasardeux. Mais ce débat est difficile à trancher, les concours ont leur bon côté (égalitaire, bien que cela soit aussi discutable).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://metamonde.over-blog.com/
Augustin



Nombre de messages : 29
Age : 32
Lieu de résidence : Paris
Date d'inscription : 12/03/2009

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Sam 11 Fév - 14:26

Meta a écrit:
Mr_Z a écrit:
Shocked

Quoi ? ça t'étonne ?? ^^

Du moment que ta problématique est bonne et tes références solides, point de souci ; pour le devoir sur l'art, je maîtrisais mon cours sur l'art et pour le devoir de l'année dernière sur l'histoire, je maîtrisais mon cours de terminale sur l'histoire. Cela a suffit amplement.

Les bibliographies à rallonge pour cette épreuve, c'est du pipeau...

À Meta et Lene : Je ne peux que m'incliner devant la réalité de vos expériences, mais dans ce qui est l'optique de départ à savoir aider Sisyphe dans sa préparation, de la façon la plus rationnelle et méthodique possible, je ne crois pas malgré tout que je lui conseillerais : "ne prépare rien", ou bien "prépare plutôt le concours que tu ne vises pas" pour réussir.

Ton dernier message Meta est intéressant, et recoupe aussi partiellement mon expérience de l'année dernière (admissibilité à l'Agreg en n'y travaillant spécifiquement qu'une semaine, via le balisage des problèmes et textes relatifs à la notion d'histoire, dans le cadre de ma préparation du Capes - alors que d'autres, qui avaient travaillé l'Agreg toute l'année, ont assisté aux cours, etc. n'ont pas été admissibles).
Cela montre je crois que pour composer une bonne dissertation, il faut avoir les idées claires, donc une somme d'informations raisonnablement synthétique et du coup mieux assimilée, mieux mobilisable. Sans en savoir trop, mais en sachant l'essentiel, on est capable de faire de très bons devoirs. Mais on voit quand même la nuance avec ne rien savoir/ne rien préparer du tout !

Au sujet de ton expérience Lene, c'est vrai que certains sujets de Capes à l'oral restent assez éloignés des notions. Ils sont minoritaires cependant. Mais, je me souviens d'une copie que tu avais envoyée ici (un texte de Bergson), n'est-ce pas plutôt les explications de texte qui t'ont permis de gagner des points au Capes, davantage que la dissertation ? (on en reviendrait alors à l'exigence de bonne maîtrise des exercices, indépendamment de connaissances un peu pointues en histoire de la philosophie - ce qui marche en effet au Capes, mais pas à l'Agrégation où il y a un programme précis)

Voilà, petite tentative pour essayer de dégager le rationnel de ce qui semble inexplicable... (ce qui, encore une fois, me semble être la meilleure manière d'aider Sisyphe - et tous les autres préparationnaires aussi - de façon éclairée)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Meta

avatar

Nombre de messages : 3077
Age : 38
Lieu de résidence : In your mind
Date d'inscription : 14/04/2008

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Sam 11 Fév - 14:28

Augustin a écrit:

Cela montre je crois que pour composer une bonne dissertation, il faut avoir les idées claires, donc une somme d'informations raisonnablement synthétique et du coup mieux assimilée, mieux mobilisable. Sans en savoir trop, mais en sachant l'essentiel, on est capable de faire de très bons devoirs. Mais on voit quand même la nuance avec ne rien savoir/ne rien préparer du tout !

Parfaitement.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://metamonde.over-blog.com/
Tom



Nombre de messages : 715
Age : 30
Date d'inscription : 10/04/2011

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Dim 12 Fév - 22:35

Depuis mon admissibilité surprise au CAPES cette année (non méditée, et non voulue, je vise surtout l'agrégation), ça se bouscule dans ma tête, donc je vais poser des question un peu naïves (et tard-venues !) :

-si d'aventure j'obtenais le CAPES et ratais l'agreg, il me resterais deux ans (report + dispo) pour rententer l'agreg ?

-ensuite je veux faire une thèse : on fait quoi de son statut de certifié/agrégé pendant ce temps ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Romuald

avatar

Nombre de messages : 695
Age : 44
Lieu de résidence : Isère
Date d'inscription : 08/05/2009

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Lun 13 Fév - 10:56

Tom a écrit:
Depuis mon admissibilité surprise au CAPES cette année (non méditée, et non voulue, je vise surtout l'agrégation), ça se bouscule dans ma tête, donc je vais poser des question un peu naïves (et tard-venues !) :

- si d'aventure j'obtenais le CAPES et ratais l'agreg, il me resterais deux ans (report + dispo) pour rententer l'agreg ?

- ensuite je veux faire une thèse : on fait quoi de son statut de certifié/agrégé pendant ce temps ?

Il te reste une année seulement de report pour préparer l'agrég., ensuite la dispo. n'est pas de droit.

Pour la thèse, il faudra que tu valides ton concours (agrég. ou capes) par une année d'enseignement, soit dans le secondaire, soit dans le supérieur avec un contrat doctoral (avec charge d'enseignement) ou un poste d'ATER.

Avant de s'engager dans une thèse, il faut bien en peser les tenants et les aboutissants - par exemple les conséquences en perte de salaire ou de cotisation retraite par rapport au statut de fonctionnaire titulaire (en fait tout dépend si tu obtiens un détachement ou une dispo) - et surtout se poser la question du sens que tu donnes à ce travail - accomplissement perso. ou finalité essentiellement professionnelle. [Je l'ai déjà dit sur le forum, je radote ... Laughing ]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tom



Nombre de messages : 715
Age : 30
Date d'inscription : 10/04/2011

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Lun 13 Fév - 11:07

Romuald a écrit:
Tom a écrit:
Depuis mon admissibilité surprise au CAPES cette année (non méditée, et non voulue, je vise surtout l'agrégation), ça se bouscule dans ma tête, donc je vais poser des question un peu naïves (et tard-venues !) :

- si d'aventure j'obtenais le CAPES et ratais l'agreg, il me resterais deux ans (report + dispo) pour rententer l'agreg ?

- ensuite je veux faire une thèse : on fait quoi de son statut de certifié/agrégé pendant ce temps ?

Il te reste une année seulement de report pour préparer l'agrég., ensuite la dispo. n'est pas de droit.

Pour la thèse, il faudra que tu valides ton concours (agrég. ou capes) par une année d'enseignement, soit dans le secondaire, soit dans le supérieur avec un contrat doctoral (avec charge d'enseignement) ou un poste d'ATER.

Avant de s'engager dans une thèse, il faut bien en peser les tenants et les aboutissants - par exemple les conséquences en perte de salaire ou de cotisation retraite par rapport au statut de fonctionnaire titulaire (en fait tout dépend si tu obtiens un détachement ou une dispo) - et surtout se poser la question du sens que tu donnes à ce travail - accomplissement perso. ou finalité essentiellement professionnelle. [Je l'ai déjà dit sur le forum, je radote ... ]

Merci pour ta réponse ! Ok donc encore un an... comme j'en suis à ma deuxième en cours ça fera trois, soit le nombre que je m'étais fixé.

Je ne me vois pas ne pas faire de thèse... c'est à la fois un besoin intellectuel et un but professionnel, avec en ligne de mire ultime une insertion dans le milieu universitaire (riez, riez Very Happy je sais tout ce que cela implique en termes de relations, de "talent", de réputation, de frustration, etc.).
Pour le salaire, ça fait 7 ans que je survis au gré des bourses et des petits jobs avec 400 euros par mois... donc je ne suis plus à quelques années près.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jésus



Nombre de messages : 1022
Age : 36
Lieu de résidence : lyon
Date d'inscription : 11/08/2008

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Mar 14 Fév - 12:00

Rolling Eyes

Bon, je ne sais même plus comment ça se passe en étant prof remplaçant pour valider les certifications en langue, informatique ni pour bosser les nouvelles épreuves du concours...

En tout cas, mettre le paquet , mettre tous ses oeufs dans le même panier pour un concours qu'on ne risque ne pas avoir, est encore un choix que je regrette profondément et que je ne referais pas et une perte de temps et d'argent incomparable...

n'oubliez pas de mettre une autre corde à votre arc...sinon vous allez mourir...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tom



Nombre de messages : 715
Age : 30
Date d'inscription : 10/04/2011

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Mar 14 Fév - 12:52

Oui c'est très risqué... et pourtant j'y crois suffisamment pour prendre ce risque. Je me dis qu'en ayant confiance en ses capacités et en bossant 10h par jour 7/7, ça doit bien être possible (euh, sinon ben y'aurait 0 certifiés et 0 agrégés).

Envisager une porte de sortie, pour moi ce serait déjà laisser filer un peu de la force que je mets dans cette préparation. Je crois dans les capacités infinies de la volonté. Ça a déjà payé pour les écrits du CAPES, pour la suite reste qu'à attendre quelques mois...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
lene75
Gold Member
Gold Member
avatar

Nombre de messages : 1408
Age : 34
Lieu de résidence : chez moi
Date d'inscription : 12/10/2007

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Mar 14 Fév - 17:46

Augustin a écrit:
Au sujet de ton expérience Lene, c'est vrai que certains sujets de Capes à l'oral restent assez éloignés des notions. Ils sont minoritaires cependant. Mais, je me souviens d'une copie que tu avais envoyée ici (un texte de Bergson), n'est-ce pas plutôt les explications de texte qui t'ont permis de gagner des points au Capes, davantage que la dissertation ? (on en reviendrait alors à l'exigence de bonne maîtrise des exercices, indépendamment de connaissances un peu pointues en histoire de la philosophie - ce qui marche en effet au Capes, mais pas à l'Agrégation où il y a un programme précis)

Voilà, petite tentative pour essayer de dégager le rationnel de ce qui semble inexplicable... (ce qui, encore une fois, me semble être la meilleure manière d'aider Sisyphe - et tous les autres préparationnaires aussi - de façon éclairée)

J'avais eu 15 à l'explication de texte sur Bergson et 16 à la fameuse leçon : ça se vaut. De même que 11 à la dissert et 12 à l'explication de texte à l'oral. Bref, des notes assez similaires dans les deux types d'épreuves quand on croise oral et écrit.
En revanche, je suis assez d'accord avec toi pour ce qui est de la différence d'exigence en termes de connaissances pointues entre le Capes et l'agreg : je crois que c'est ça qui me bloque pour l'agreg. Je crois aussi que le Capes recherche plutôt la clarté d'exposition alors que j'ai entendu des leçons d'agreg très bien notées qui étaient d'une érudition et d'une complexité d'exposition effarantes et à 1000 lieues de ce à quoi ressemble un cours de terminale.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tom



Nombre de messages : 715
Age : 30
Date d'inscription : 10/04/2011

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Mar 14 Fév - 18:19

[quote="lene75"]
Augustin a écrit:

j'ai entendu des leçons d'agreg très bien notées qui étaient d'une érudition et d'une complexité d'exposition effarantes et à 1000 lieues de ce à quoi ressemble un cours de terminale.

C'est bien ça qui m'intrigue (et me motive, en un sens), est-il possible d'acquérir une véritable érudition au cours d'un cursus normal ? Ceux qui produisent des leçons vraiment brillantes ne sont-il pas souvent des gens qui ont déjà le CAPES et qui ont pu accroître année après année leurs connaissances (un de mes profs de fac était dans ce cas) ?

Pourtant il y a beaucoup de jeunes agrégés... et peut-être qu'on peut être brillant avec une érudition raisonnablement étendue, une grosse technicité et une vision aiguë des problèmes en jeu.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Meta

avatar

Nombre de messages : 3077
Age : 38
Lieu de résidence : In your mind
Date d'inscription : 14/04/2008

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Mar 14 Fév - 18:21

Faut relativiser ; encore une fois, j'ai eu deux fois 13 sur des disserts avec zéro érudition. C'est la problématisation, la maîtrise des enjeux, des repères, des notions, qui prime dans les devoirs, que ce soit à l'agreg ou au capes. L'érudition peut être un plus, mais elle n'a jamais offert le sésame.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://metamonde.over-blog.com/
lene75
Gold Member
Gold Member
avatar

Nombre de messages : 1408
Age : 34
Lieu de résidence : chez moi
Date d'inscription : 12/10/2007

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Mar 14 Fév - 18:25

Tom a écrit:
C'est bien ça qui m'intrigue (et me motive, en un sens), est-il possible d'acquérir une véritable érudition au cours d'un cursus normal ? Ceux qui produisent des leçons vraiment brillantes ne sont-il pas souvent des gens qui ont déjà le CAPES et qui ont pu accroître année après année leurs connaissances (un de mes profs de fac était dans ce cas) ?

Non c'étaient des jeunes et je crois bien qu'il s'agissait pour l'essentiel de normaliens.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
ionas



Nombre de messages : 61
Age : 39
Lieu de résidence : Paris
Date d'inscription : 15/10/2007

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Ven 17 Fév - 21:46

Meta a écrit:
Faut relativiser ; encore une fois, j'ai eu deux fois 13 sur des disserts avec zéro érudition. C'est la problématisation, la maîtrise des enjeux, des repères, des notions, qui prime dans les devoirs, que ce soit à l'agreg ou au capes. L'érudition peut être un plus, mais elle n'a jamais offert le sésame.

Meta, ce qui serait vraiment génial, (si tu avais le temps et si tu l'acceptes car on peut très bien comprendre que dans le cadre d'un concours, on ait pas envie de partager cela sur un forum) ce serait de taper une de tes disserts, car, à mon avis, on peut tout dire de la méthode, mais c'est seulement ça qui nous permettrait de mieux apercevoir ce qui peut en effet fonctionner pour avoir une vraie bonne note à cette 2e épreuve. Par exemple, je pense que ton appui original et pointu sur l'histoire de la Hongrie a été un énorme plus ! Car tu as pu ancré ta réflexion sur la pratique et les difficultés qui se posent à l"historien lui-même. Enfin, c'est une hypothèse.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Meta

avatar

Nombre de messages : 3077
Age : 38
Lieu de résidence : In your mind
Date d'inscription : 14/04/2008

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Ven 17 Fév - 22:43

ionas a écrit:
Meta a écrit:
Faut relativiser ; encore une fois, j'ai eu deux fois 13 sur des disserts avec zéro érudition. C'est la problématisation, la maîtrise des enjeux, des repères, des notions, qui prime dans les devoirs, que ce soit à l'agreg ou au capes. L'érudition peut être un plus, mais elle n'a jamais offert le sésame.

Meta, ce qui serait vraiment génial, (si tu avais le temps et si tu l'acceptes car on peut très bien comprendre que dans le cadre d'un concours, on ait pas envie de partager cela sur un forum) ce serait de taper une de tes disserts, car, à mon avis, on peut tout dire de la méthode, mais c'est seulement ça qui nous permettrait de mieux apercevoir ce qui peut en effet fonctionner pour avoir une vraie bonne note à cette 2e épreuve. Par exemple, je pense que ton appui original et pointu sur l'histoire de la Hongrie a été un énorme plus ! Car tu as pu ancré ta réflexion sur la pratique et les difficultés qui se posent à l"historien lui-même. Enfin, c'est une hypothèse.

Bien sûr, penser dans les exemples est essentiel, pour un devoir de concours (et pour le bac aussi, d'ailleurs, la méthode est la même !). Je n'ai pas demandé cette copie sur l'histoire, je dois avoir l'intro, en cherchant bien ; par contre, j'avais tapé le devoir sur la notion d'image, un devoir d'agreg d'il y a quatre ans, noté 13/20, fait dans les pires conditions du monde (j'avais 41 de fièvre en raison d'une infection, contrairement à d'habitude, je suis sorti au bout de 5 heures au lieu de 7), j'étais aux urgences à la fin de l'épreuve, comme quoi, écrire à l'inspiration, ça a du bon... Mais tu as, sur ce forum, d'autres devoirs postés par des membres ; il doit bien y avoir quelques 15, si on cherche bien, je crois, dont des leçons !

Peut-on dire d'une image qu'elle parle ?

Qu'elle soit représentation iconographique, photographique ou encore souvenir, l'image, dans ses différentes acceptions peut sembler porteuse de sens. Parce qu'elle apparaît comme signifiante, elle peut donner l'impression de dire quelque chose, si bien qu'il est tentant de dire d'une image qu'elle parle. Mais n'est-ce pas là un abus de langage ? Pour qu'elle parle, c'est-à-dire pour qu'elle fonctionne comme émetteur d'une langue, il faut que son mode de représentation soit habité d'une expression : elle doit donc dire quelque chose. Mais, dépourvue d'organes et de pensée, l'image ne dit rien à moins qu'on ne la fasse parler. Pour ce faire, il faudrait que le producteur de l'image ait introduit dans celle-ci les éléments fonctionnels garantissant la fonction de l'expres​sion(un langage de la forme ou de la couleur) ou bien que le récepteur soit en mesure de la faire parler par l'interprétation des signes contenus dans l'image. Le problème consiste donc à se demander de quelle manière l'image pourrait-elle émettre du signifié en tant que signifiant. Dans cette perspective, il est utile de se demander comment l'image pensée comme représentation exprime le signifié, puis de considérer la manière dont le récepteur reçoit les signes de l'image. L'analyse de ces deux points augure alors d'une possible dichotomie entre l'image comme signifiant et l'image comme signifié puisque la propension à l'interprétation des images produit le risque que la réception du signe soit appréhendée selon la volonté de faire dire quelque chose à l'image et non de la laisser parler si toutefois elle le peut. C'est pourquoi en tentant enfin d'articuler ces deux régimes de donation de l'image, il sera peut-être possible de savoir si la notion de parole peut avoir ici du sens ou si l'image n'est qu'un mode de représentation passif sur lequel le sujet aurait tout droit et tout pouvoir.




Dire qu'une image parlerait suppose de la penser comme mode d'expression, production d'un signifié. En tant que représentation, elle serait alors signifiante, déclarant en quelque sorte par les signes qui l'habitent quelque chose qu'elle viserait à transmettre. En tant que représentation, la sculpture parle-t-elle ? Par sa forme et son agencement, elle semble exprimer deux choses : un certain mouvement, du corps ou du faciès, et une identité, puisqu'elle fait signe vers un modèle. En tant que représentation fidèle, la sculpture est une image qui semble porteuse d'un message. Faut-il l'entendre comme signifiante, comme le serait un signe linguistique, ou bien comme un simple bloc de pierre ? Dans le traitement qu'il consacre aux images dans Le sophiste, Platon désigne l'eikôn (icône) comme une représentation fidèle de quelque chose, considérant que l'icône aurait le plus haut statut dans l'ordre de l'imitation car elle imite parfaitement les proportions, les formes et les agencements du modèle. En ce sens, l'image exprimerait quelque chose de présent dans le modèle, bien que dégradé dans son authenticité. Ainsi l'image de la sculpture parlerait moins que le modèle. S'agit-il pour autant de parole ? L'image parle-t-elle selon Platon ? Il faut s'enfoncer dans les modes de représentation plus dégradés pour en avoir l'assurance. L'art du sophiste, dans l'utilisation qu'il fait du discours, est production de l'eidolôn (idole). C'est l'image, l'imitation, l'illusion d'une pensée, le semblant du vrai, l'image audible de jugements illusoires. Par conséquent, par son caractère d'imitation exacte, la sculpture serait une image plus signifiante qu'un faux discours, de sorte qu'on pourrait penser que l'image iconographique est parole tout comme le discours.
Cela signifierait alors que les images, selon leur mode de production, auraient plusieurs modes de parole, car si la sculpture dit quelque chose de plus vrai que le discours du sophiste, elle le dit d'une autre manière. L'art, par la diversité de production de ses images, est peut-être un bon terrain d'analyse. Plutôt que de procéder à une énumération, il est peut-être possible, dans l'étude du mode d'expression de la peinture, de dégager la manière dont elle produirait du signifiant par un biais qu'on pourrait qualifier de parole. Il y a bien des manières de peindre. Un tableau de Kandinsky ne parle pas de la même manière qu'une représentation picturale grecque. Parle-t-il même seulement ? Il y a des tableaux qui racontent quelque chose, dit Deleuze dans Logique de la sensation. Reprenant l'idée de Cézanne, il veut dire qu'il y a tout une partie de l'histoire de la peinture qui a illustré, produit de la narration. La peinture chrétienne racontait les moments de la vie du Christ. L'image, en ce sens, ne transmet pas seulement un signe, elle décrit, explique, rapporte des faits en un tout pictural. Dans ce cas, on pourrait être tenté de penser qu'un tel courant produit des images qui disent quelque chose, tandis qu'un monochrome ne dit rien. Un monochrome parle-t-il ? C'est une couleur intense et pure que porte pareille image. Or l'effort abstrait va viser, à la suite du cubisme, à produire de la forme épurée. Cézanne est de ceux qui ont lancé l'impulsion : faire en sorte que l'image picturale produise un langage qui ne soit plus seulement illustratif mais transmette la sensation. L'art abstrait, ainsi que le cubisme, sont des efforts pour déconstruire le figuratif, rappelle Deleuze, ce sont des modes d'expression de l'image qui veulent exprimer quelque chose sans pour autant raconter.
Mais dans ce cas, peut-on parler de parole malgré la production d'une expression ? Héritier du cubisme, Francis Bacon peint la sensation et, de ses mots mêmes dans les Entretiens avec Silvester, il peint le cri. Le cri du pape Innocent est-il parole ? Le tableau parle-t-il ici ? Selon Deleuze, oui, mais ce n'est pas une langue articulée car l'espace occupé par l'image n'est pas optique. Reprenant les termes de Cézanne, il qualifie de telles images de haptiques, c'est-à-dire fonctionnant selon le mode d'expression de la sensation, et non selon celui d'une histoire organisée. Bacon ne peint pas ce qui est arrivé au pape de Vélasquez, il peint son cri, il produit une image qui traduit avec son propre langage une sensation d'horreur. Le tableau émet ce message de sensation mais il ne raconte plus. Il reste articulé selon un certain mode de production et a donc un langage articulé, sa propre langue en ce sens, bien qu'il ne parle pas au sens strict. Le problème, dans ce cas, c'est qu'on suppose ici que l'image picturale génère un signifié qui serait contenu dans l'oeuvre même. Or le récepteur, c'est-à-dire le spectateur, pourra-t-il comprendre nécessairement cette logique de la sensation ? Que l'image de Kandinsky, ou de Bacon, ait un langage, sans doute faut-il le concéder, mais peut-il y avoir parole si le récepteur ne connaît pas ce langage ? En fait, le problème a été retourné par Duchamp qui juge qu'une oeuvre n'a de sens que dans le regard du spectateur. Pour lui, en effet, c'est le spectateur qui, dans son observation de l'image, produit le langage et engendre une parole dans le tableau. Ici, l'image ne parle plus, on la fait parler. Est-il donc possible que ce faire parler n'occulte pas le parler de l'image ? Le récepteur est-il influencé par ce parler de l'image de sorte qu'un dialogue pourrait s'installer, ou bien n'y a-t-il de parler de l'image que dans ce faire parler ?


Le faire parler ne commence-t-il pas avant la réception de l'image ? Plus précisément, si on reprend l'exemple de la peinture, ne pourrait-on pas dire que l'artiste fait parler l'image sans que celle-ci n'ait à parler ? L'esthétique de Hegel en donne une acception en montrant que le tableau est image avant tout pour et de l'artiste. Le tableau est l'image qui permet à l'artiste de se saisir, de réconcilier la différence entre son aspiration abstraite, son projet, et le résultat, en pratique décevant. La peinture ne parle pas à l'artiste, c'est lui qui se parle par cette peinture qui n'est pas image en soi mais image de sa conscience et pour sa conscience. De sorte qu'il y aurait une traingulaire dans ce mode de langage : l'artiste, l'image produite et le spectateur. L'image est interrogée par les deux, mais ce serait chacun qui la ferait parler. Est-ce vrai ? Ou plutôt est-ce qu'une analyse de la manière dont le récepteur saisit l'image refusera à l'image la possibilité d'une parole autonome ?
Comment appréhende-t-on l'image comme représentation ? Faut-il voir dans cette activité l'évidence d'un faire parler plutôt que la réception d'une parole de l'image ? C'est ce que conduirait à penser la lecture de L'esthétique transcendantale de Kant. La perspective de Kant s'applique tout autant à l'image artistique qu'aux autres modes de représentation de l'image. Kant montre que notre appréhension de l'image est une activité du sujet et ne doit pas être conçue comme perception passive. Mettre en forme n'est pas recevoir. Evidemment, il faut réception d'une matière, mais dans la réception de la matière produisant l'image, celle-ci, telle qu'elle apparaît, est une mise en forme par les facultés du sujet. L'image est représentée en moi comme schème à partir de l'articulation entre un concept de l'entendement et le senti mis en forme par les formes a priori de la sensibilité. C'est la notion d'a priori ici qui semble problématique, car si l'image est représentée selon des modes a priori, comment pourrais-je entendre sa parole et la déclarer parlante ? En tant que phénomène perçu, l'image parle, en effet, puisque son agencement est subjectif et dépend de moi. Mais en tant que telle, en tant que représentation indépendante de moi, que dit-elle ? Que peut dire ce souvenir si ce n'est ce que je lui ai fait dire en le mettant en forme ? Que peut dire cette photographie si ce n'est ce que j'en dis dans les limites de ma subjectivité ? Le sujet ferait donc parler les propres images qu'il agence.
Cela signifie donc qu'il y aurait un double régime de donation des images : d'une part l'image qui se donne originairement avant tout travail de la subjectivité, et d'autre part celle qui s'appréhende comme phénomène. Faut-il alors en conclure qu'il y aurait une image dont on ne sait que dire et une autre que nous faisons parler ? Si le phénomène perçu est l'image de quelque chose en soi que nous ferions parler par nos structures psychiques, faut-il plutôt dire que l'image parle parce qu'elle n'est que phénomène saisi ? En nous rappelant l'analyse de Platon dans le Sophiste et l'ensemble des distinctions produites, n'oublions pas qu'une icône, par exemple, ne vaut pas pour nous, mais avant tout par rapport à ce qu'elle doit représenter. Si la statue d'Horus que nous mettons en forme et que nous faisons parler est une image (l'eikôn qui dit qui est Horus parce que nous intégrons le concept), pour l'ignare, alors que cette icône ne signifie rien, celle-ci dit pourtant, toujours, ce qu'est Horus à partir de la main qui l'a produite. Il y a donc là une dichotomie problématique car l'image dirait quelque chose et nous ferions dire quelque chose à l'image. Faut-il donc conclure qu'il y a deux manières de parler (pour les images) agencées sur deux manières de se donner ?

Faut-il donc conclure qu'il y a deux manières de parler (pour les images) agencées sur deux manières de se donner ? Dans le premier chapitre de Matière et mémoire, Bergson rencontre précisément cette difficulté en expliquant qu'il s'agit justement d'une crise que la psychologie génère parce qu'elle entend l'image selon deux régimes au lieu de n'en concevoir qu'un seul. Comment pourrait-on penser un seul régime de donation des images où celles-ci, selon la manière dont elles sont représentées (en nous ou extérieurement à nous), seraient signifiantes ? Il y a là un enjeu qui modifie le sens donné au parler de l'image, car si on parvient à articuler les deux modes de donation, il y aura un signifiant qui se donnera selon deux langues différentes : la langue de l'image en soi et la langue de l'image pour nous. Ce qui voudrait alors dire qu'une image pourrait parler selon deux langages différents qui désigneraient alors, dans chacun des signes, la même chose. Comment Bergson articule-t-il ces deux régimes de donation de l'image ?
Le tort est, selon Bergson, de n'avoir pas compris qu'il y a des images partout et, qu'en un sens, tout est image. Même en notre absence et, par là, avant l'apparition de l'homme ou de l'oeil, l'image demeure. Dans l'interprétation qu'il donne du texte de Bergson, Deleuze parle d'agencement dans le chapitre IV de Image-Mouvement. L'image est un agencement, une coupe dans le chaosmos, de sorte que chaque coupe interagit avec d'autres. Au fond, ce qu'il faut comprendre ici, c'est qu'il n'y a que des images à la condition qu'il y ait lumière. Lorsque jaillit de la lumière, celle-ci éclaire et, dans cette clarté, paraissent les images. Chaque image, par rémanence, en éclaire d'autres, s'articule avec d'autres, tisse un lien avec d'autres. L'enjeu grandit, presque trop. Parce que Bergson doit alors développer la notion d'image-action. Celle-ci est un agencement en mouvement et dans l'ordre gazeux ou minéral, l'agencement se meut sous l'effet de la chaleur-lumière. C'est dans les lieux où des enzymes peuvent se développer dans des conditions optimales que les différents images-action vont, au lieu de s'opposer pour constamment renvoyer les unes aux autres, s'associer pour produire un nouvel agencement, une coupe vivante, une image-perception. Sans doute Deleuze passe-t-il trop vite sur cette opposition du vivant comme image-perception, mais il faut comprendre que l'enjeu ne réside pas dans l'histoire biologique mais simplement dans le mode d'agencement des images comme système de référencement à trois dimensions : action, perception et affection. Si nous intégrons ces considérations à notre problématique, nous pouvons dire que l'image, en passant de l'image-action à l'image-perception, n'est plus seulement un pur signifiant qui se heurte à l'incompréhension, elle est signifiant dans l'action et signifié dans la perception.
Mais dans ce système, il manque la possibilité d'une réconciliation. L'issue proposée par Bergson est une image-affection. Pourquoi pas image-compréhension ? Parce que l'acte de compréhension est un acte d'inclusion dans lequel le sujet interprète et modifie la perception de l'image-action qui ne vaut alors plus pour elle-même mais seulement pour le sujet. L'image-affection, ici une image qui parle un langage qui échapperait à la logique de l'entendement. Le sujet saisit l'image comme affect, mais il n'est plus vraiment sujet dans cet acte, si ce n'est dans l'illusion que produit le mode de l'appréhension transcendantale. Les deux sont images, les deux coexistent et se parlent et l'affection devient le terrain de leur dialogue. L'affection est le mode de rencontre de l'image-perception et de l'image-action, c'est la génération d'affects, c'est la parole des deux images, l'expression de ce que l'une dit et de ce que l'autre ressent. Ce n'est donc pas un parler au sens d'une langue articulée appelée à être décodée, c'est un parler au sens de communiquer. Face au tableau, bientôt, l'opposition peut disparaître pour que l'image-action qu'est le tableau génère un mouvement perçu par l'image-perception que je suis. L'image-affection est le parler de ce tableau mais aussi le parler que je lui adresse, ce que je dis de lui.



Une image parle, donc, mais cette parole n'est pas la fonction d'une langue que l'image signifiante produirait ou que l'image comme signifié utiliserait pour faire parler l'image originaire. En réconciliant l'image-action et l'image-perception, nous avons tenté de montrer que l'approche transcendantale oppose le représenté extérieur et le représenté intérieur, laissant toute possibilité d'entendre la parole de l'image extérieure comme vaine. Mais si ce parler est un langage de l'affection, alors ce que l'image externe comporte intrinsèquement comme intensité pourra être compris par sensation. Ce qui était donc en jeu, c'était la possibilité d'une appréhension de l'intensité, et celle-ci est possible justement parce que les images parlent, agissent, communiquent. On dira donc qu'une image parle à la condition d'appréhender son intensité sous le mode de l'affection. Dans le cas contaire, on en restera à un dualisme entre l'exprimé externe et l'exprimé interne.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://metamonde.over-blog.com/
ionas



Nombre de messages : 61
Age : 39
Lieu de résidence : Paris
Date d'inscription : 15/10/2007

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Sam 18 Fév - 19:36

Merci pour cette très bonne copie !!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jésus



Nombre de messages : 1022
Age : 36
Lieu de résidence : lyon
Date d'inscription : 11/08/2008

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Mar 21 Fév - 15:35

salut!

je trouve que se demander quelle est la meilleure voie universitaire ou autre pour accéder au concours, c'est faire fausse route

je pense que la préparation reste de faire un remplacement en tant que contractuel durant une année avec des classes de filières générales, voire avec une L et un peu de temps pour lire des choses et faire ses révisions en préparant avec conscience ses cours et les connaissant bien...c'est la meilleure préparation pour le capes
à toi de voir le niveau théorique qu'il faut avoir, en l'occurence avec la réforme, la question d'avoir une licence, m1 ou 2 ne pose plus puisqu'il faut avoir un m2....

je pense perso, qu'avec du recul, il ne faut pas se priver de passer le concours si on le peut ( je l'avais pas passé en m1, je l'ai regretté ensuite) sans pour autant négliger la recherche
dans votre cas, je validerais ce m2, et je ferais des remplacements à côté, l'autre année du m2 si j'ai du temps

perso, j'ai remplacé mes années de préparation de concours par de l'enseignement, et c'est mieux pour le porte monnaie et tester sa passion...

ma passion s'est heurtée à la précarité du statut de prof remplacement, les changements réguliers de poste, le fait de me retrouver à faire du français, de bosser super loin sur deux établissement, de l'absence de reconnaissance et d'aide pour bosser l'oral du capes alors que j'étais en poste...
l'anonymat de certains lycées, l'état global de l'enseignement en france, des élèves difficiles etc et j'en passe....

le plus dur: c'est impossible de redevenir élève quand on a été prof...quand on a passé la barrière, j'en ai même souffert en faisant des formations à la fac qui n'avait rien avec la philo, on s'ennuie ferme derrière un bureau mais il faut bien
car il a l'appel du terrain, de la réalité et la nécessité de l'expérience...

car après un cursus purement philo, on a rien à vendre dans le monde professionnelle sans reconversion qui passe par une nouvelle formation...des stages, de l'expérience
et qu'il est important de se donner aussi un angle de recherche en philosophie qui ouvre des perspectives dans le reste du monde: esthétique, politique, communication, morale, épistémologie, dévéloppement durable
donc rien de pire que de bachoter sur un auteur...
voire d'avoir fait une autre licence ou un cursus à côté...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
orianne



Nombre de messages : 69
Age : 33
Lieu de résidence : lyon
Date d'inscription : 17/10/2011

MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   Ven 20 Juil - 22:01

Meta a écrit:
ionas a écrit:
Meta a écrit:
Faut relativiser ; encore une fois, j'ai eu deux fois 13 sur des disserts avec zéro érudition. C'est la problématisation, la maîtrise des enjeux, des repères, des notions, qui prime dans les devoirs, que ce soit à l'agreg ou au capes. L'érudition peut être un plus, mais elle n'a jamais offert le sésame.

Meta, ce qui serait vraiment génial, (si tu avais le temps et si tu l'acceptes car on peut très bien comprendre que dans le cadre d'un concours, on ait pas envie de partager cela sur un forum) ce serait de taper une de tes disserts, car, à mon avis, on peut tout dire de la méthode, mais c'est seulement ça qui nous permettrait de mieux apercevoir ce qui peut en effet fonctionner pour avoir une vraie bonne note à cette 2e épreuve. Par exemple, je pense que ton appui original et pointu sur l'histoire de la Hongrie a été un énorme plus ! Car tu as pu ancré ta réflexion sur la pratique et les difficultés qui se posent à l"historien lui-même. Enfin, c'est une hypothèse.

Bien sûr, penser dans les exemples est essentiel, pour un devoir de concours (et pour le bac aussi, d'ailleurs, la méthode est la même !). Je n'ai pas demandé cette copie sur l'histoire, je dois avoir l'intro, en cherchant bien ; par contre, j'avais tapé le devoir sur la notion d'image, un devoir d'agreg d'il y a quatre ans, noté 13/20, fait dans les pires conditions du monde (j'avais 41 de fièvre en raison d'une infection, contrairement à d'habitude, je suis sorti au bout de 5 heures au lieu de 7), j'étais aux urgences à la fin de l'épreuve, comme quoi, écrire à l'inspiration, ça a du bon... Mais tu as, sur ce forum, d'autres devoirs postés par des membres ; il doit bien y avoir quelques 15, si on cherche bien, je crois, dont des leçons !

Peut-on dire d'une image qu'elle parle ?

Qu'elle soit représentation iconographique, photographique ou encore souvenir, l'image, dans ses différentes acceptions peut sembler porteuse de sens. Parce qu'elle apparaît comme signifiante, elle peut donner l'impression de dire quelque chose, si bien qu'il est tentant de dire d'une image qu'elle parle. Mais n'est-ce pas là un abus de langage ? Pour qu'elle parle, c'est-à-dire pour qu'elle fonctionne comme émetteur d'une langue, il faut que son mode de représentation soit habité d'une expression : elle doit donc dire quelque chose. Mais, dépourvue d'organes et de pensée, l'image ne dit rien à moins qu'on ne la fasse parler. Pour ce faire, il faudrait que le producteur de l'image ait introduit dans celle-ci les éléments fonctionnels garantissant la fonction de l'expres​sion(un langage de la forme ou de la couleur) ou bien que le récepteur soit en mesure de la faire parler par l'interprétation des signes contenus dans l'image. Le problème consiste donc à se demander de quelle manière l'image pourrait-elle émettre du signifié en tant que signifiant. Dans cette perspective, il est utile de se demander comment l'image pensée comme représentation exprime le signifié, puis de considérer la manière dont le récepteur reçoit les signes de l'image. L'analyse de ces deux points augure alors d'une possible dichotomie entre l'image comme signifiant et l'image comme signifié puisque la propension à l'interprétation des images produit le risque que la réception du signe soit appréhendée selon la volonté de faire dire quelque chose à l'image et non de la laisser parler si toutefois elle le peut. C'est pourquoi en tentant enfin d'articuler ces deux régimes de donation de l'image, il sera peut-être possible de savoir si la notion de parole peut avoir ici du sens ou si l'image n'est qu'un mode de représentation passif sur lequel le sujet aurait tout droit et tout pouvoir.




Dire qu'une image parlerait suppose de la penser comme mode d'expression, production d'un signifié. En tant que représentation, elle serait alors signifiante, déclarant en quelque sorte par les signes qui l'habitent quelque chose qu'elle viserait à transmettre. En tant que représentation, la sculpture parle-t-elle ? Par sa forme et son agencement, elle semble exprimer deux choses : un certain mouvement, du corps ou du faciès, et une identité, puisqu'elle fait signe vers un modèle. En tant que représentation fidèle, la sculpture est une image qui semble porteuse d'un message. Faut-il l'entendre comme signifiante, comme le serait un signe linguistique, ou bien comme un simple bloc de pierre ? Dans le traitement qu'il consacre aux images dans Le sophiste, Platon désigne l'eikôn (icône) comme une représentation fidèle de quelque chose, considérant que l'icône aurait le plus haut statut dans l'ordre de l'imitation car elle imite parfaitement les proportions, les formes et les agencements du modèle. En ce sens, l'image exprimerait quelque chose de présent dans le modèle, bien que dégradé dans son authenticité. Ainsi l'image de la sculpture parlerait moins que le modèle. S'agit-il pour autant de parole ? L'image parle-t-elle selon Platon ? Il faut s'enfoncer dans les modes de représentation plus dégradés pour en avoir l'assurance. L'art du sophiste, dans l'utilisation qu'il fait du discours, est production de l'eidolôn (idole). C'est l'image, l'imitation, l'illusion d'une pensée, le semblant du vrai, l'image audible de jugements illusoires. Par conséquent, par son caractère d'imitation exacte, la sculpture serait une image plus signifiante qu'un faux discours, de sorte qu'on pourrait penser que l'image iconographique est parole tout comme le discours.
Cela signifierait alors que les images, selon leur mode de production, auraient plusieurs modes de parole, car si la sculpture dit quelque chose de plus vrai que le discours du sophiste, elle le dit d'une autre manière. L'art, par la diversité de production de ses images, est peut-être un bon terrain d'analyse. Plutôt que de procéder à une énumération, il est peut-être possible, dans l'étude du mode d'expression de la peinture, de dégager la manière dont elle produirait du signifiant par un biais qu'on pourrait qualifier de parole. Il y a bien des manières de peindre. Un tableau de Kandinsky ne parle pas de la même manière qu'une représentation picturale grecque. Parle-t-il même seulement ? Il y a des tableaux qui racontent quelque chose, dit Deleuze dans Logique de la sensation. Reprenant l'idée de Cézanne, il veut dire qu'il y a tout une partie de l'histoire de la peinture qui a illustré, produit de la narration. La peinture chrétienne racontait les moments de la vie du Christ. L'image, en ce sens, ne transmet pas seulement un signe, elle décrit, explique, rapporte des faits en un tout pictural. Dans ce cas, on pourrait être tenté de penser qu'un tel courant produit des images qui disent quelque chose, tandis qu'un monochrome ne dit rien. Un monochrome parle-t-il ? C'est une couleur intense et pure que porte pareille image. Or l'effort abstrait va viser, à la suite du cubisme, à produire de la forme épurée. Cézanne est de ceux qui ont lancé l'impulsion : faire en sorte que l'image picturale produise un langage qui ne soit plus seulement illustratif mais transmette la sensation. L'art abstrait, ainsi que le cubisme, sont des efforts pour déconstruire le figuratif, rappelle Deleuze, ce sont des modes d'expression de l'image qui veulent exprimer quelque chose sans pour autant raconter.
Mais dans ce cas, peut-on parler de parole malgré la production d'une expression ? Héritier du cubisme, Francis Bacon peint la sensation et, de ses mots mêmes dans les Entretiens avec Silvester, il peint le cri. Le cri du pape Innocent est-il parole ? Le tableau parle-t-il ici ? Selon Deleuze, oui, mais ce n'est pas une langue articulée car l'espace occupé par l'image n'est pas optique. Reprenant les termes de Cézanne, il qualifie de telles images de haptiques, c'est-à-dire fonctionnant selon le mode d'expression de la sensation, et non selon celui d'une histoire organisée. Bacon ne peint pas ce qui est arrivé au pape de Vélasquez, il peint son cri, il produit une image qui traduit avec son propre langage une sensation d'horreur. Le tableau émet ce message de sensation mais il ne raconte plus. Il reste articulé selon un certain mode de production et a donc un langage articulé, sa propre langue en ce sens, bien qu'il ne parle pas au sens strict. Le problème, dans ce cas, c'est qu'on suppose ici que l'image picturale génère un signifié qui serait contenu dans l'oeuvre même. Or le récepteur, c'est-à-dire le spectateur, pourra-t-il comprendre nécessairement cette logique de la sensation ? Que l'image de Kandinsky, ou de Bacon, ait un langage, sans doute faut-il le concéder, mais peut-il y avoir parole si le récepteur ne connaît pas ce langage ? En fait, le problème a été retourné par Duchamp qui juge qu'une oeuvre n'a de sens que dans le regard du spectateur. Pour lui, en effet, c'est le spectateur qui, dans son observation de l'image, produit le langage et engendre une parole dans le tableau. Ici, l'image ne parle plus, on la fait parler. Est-il donc possible que ce faire parler n'occulte pas le parler de l'image ? Le récepteur est-il influencé par ce parler de l'image de sorte qu'un dialogue pourrait s'installer, ou bien n'y a-t-il de parler de l'image que dans ce faire parler ?


Le faire parler ne commence-t-il pas avant la réception de l'image ? Plus précisément, si on reprend l'exemple de la peinture, ne pourrait-on pas dire que l'artiste fait parler l'image sans que celle-ci n'ait à parler ? L'esthétique de Hegel en donne une acception en montrant que le tableau est image avant tout pour et de l'artiste. Le tableau est l'image qui permet à l'artiste de se saisir, de réconcilier la différence entre son aspiration abstraite, son projet, et le résultat, en pratique décevant. La peinture ne parle pas à l'artiste, c'est lui qui se parle par cette peinture qui n'est pas image en soi mais image de sa conscience et pour sa conscience. De sorte qu'il y aurait une traingulaire dans ce mode de langage : l'artiste, l'image produite et le spectateur. L'image est interrogée par les deux, mais ce serait chacun qui la ferait parler. Est-ce vrai ? Ou plutôt est-ce qu'une analyse de la manière dont le récepteur saisit l'image refusera à l'image la possibilité d'une parole autonome ?
Comment appréhende-t-on l'image comme représentation ? Faut-il voir dans cette activité l'évidence d'un faire parler plutôt que la réception d'une parole de l'image ? C'est ce que conduirait à penser la lecture de L'esthétique transcendantale de Kant. La perspective de Kant s'applique tout autant à l'image artistique qu'aux autres modes de représentation de l'image. Kant montre que notre appréhension de l'image est une activité du sujet et ne doit pas être conçue comme perception passive. Mettre en forme n'est pas recevoir. Evidemment, il faut réception d'une matière, mais dans la réception de la matière produisant l'image, celle-ci, telle qu'elle apparaît, est une mise en forme par les facultés du sujet. L'image est représentée en moi comme schème à partir de l'articulation entre un concept de l'entendement et le senti mis en forme par les formes a priori de la sensibilité. C'est la notion d'a priori ici qui semble problématique, car si l'image est représentée selon des modes a priori, comment pourrais-je entendre sa parole et la déclarer parlante ? En tant que phénomène perçu, l'image parle, en effet, puisque son agencement est subjectif et dépend de moi. Mais en tant que telle, en tant que représentation indépendante de moi, que dit-elle ? Que peut dire ce souvenir si ce n'est ce que je lui ai fait dire en le mettant en forme ? Que peut dire cette photographie si ce n'est ce que j'en dis dans les limites de ma subjectivité ? Le sujet ferait donc parler les propres images qu'il agence.
Cela signifie donc qu'il y aurait un double régime de donation des images : d'une part l'image qui se donne originairement avant tout travail de la subjectivité, et d'autre part celle qui s'appréhende comme phénomène. Faut-il alors en conclure qu'il y aurait une image dont on ne sait que dire et une autre que nous faisons parler ? Si le phénomène perçu est l'image de quelque chose en soi que nous ferions parler par nos structures psychiques, faut-il plutôt dire que l'image parle parce qu'elle n'est que phénomène saisi ? En nous rappelant l'analyse de Platon dans le Sophiste et l'ensemble des distinctions produites, n'oublions pas qu'une icône, par exemple, ne vaut pas pour nous, mais avant tout par rapport à ce qu'elle doit représenter. Si la statue d'Horus que nous mettons en forme et que nous faisons parler est une image (l'eikôn qui dit qui est Horus parce que nous intégrons le concept), pour l'ignare, alors que cette icône ne signifie rien, celle-ci dit pourtant, toujours, ce qu'est Horus à partir de la main qui l'a produite. Il y a donc là une dichotomie problématique car l'image dirait quelque chose et nous ferions dire quelque chose à l'image. Faut-il donc conclure qu'il y a deux manières de parler (pour les images) agencées sur deux manières de se donner ?

Faut-il donc conclure qu'il y a deux manières de parler (pour les images) agencées sur deux manières de se donner ? Dans le premier chapitre de Matière et mémoire, Bergson rencontre précisément cette difficulté en expliquant qu'il s'agit justement d'une crise que la psychologie génère parce qu'elle entend l'image selon deux régimes au lieu de n'en concevoir qu'un seul. Comment pourrait-on penser un seul régime de donation des images où celles-ci, selon la manière dont elles sont représentées (en nous ou extérieurement à nous), seraient signifiantes ? Il y a là un enjeu qui modifie le sens donné au parler de l'image, car si on parvient à articuler les deux modes de donation, il y aura un signifiant qui se donnera selon deux langues différentes : la langue de l'image en soi et la langue de l'image pour nous. Ce qui voudrait alors dire qu'une image pourrait parler selon deux langages différents qui désigneraient alors, dans chacun des signes, la même chose. Comment Bergson articule-t-il ces deux régimes de donation de l'image ?
Le tort est, selon Bergson, de n'avoir pas compris qu'il y a des images partout et, qu'en un sens, tout est image. Même en notre absence et, par là, avant l'apparition de l'homme ou de l'oeil, l'image demeure. Dans l'interprétation qu'il donne du texte de Bergson, Deleuze parle d'agencement dans le chapitre IV de Image-Mouvement. L'image est un agencement, une coupe dans le chaosmos, de sorte que chaque coupe interagit avec d'autres. Au fond, ce qu'il faut comprendre ici, c'est qu'il n'y a que des images à la condition qu'il y ait lumière. Lorsque jaillit de la lumière, celle-ci éclaire et, dans cette clarté, paraissent les images. Chaque image, par rémanence, en éclaire d'autres, s'articule avec d'autres, tisse un lien avec d'autres. L'enjeu grandit, presque trop. Parce que Bergson doit alors développer la notion d'image-action. Celle-ci est un agencement en mouvement et dans l'ordre gazeux ou minéral, l'agencement se meut sous l'effet de la chaleur-lumière. C'est dans les lieux où des enzymes peuvent se développer dans des conditions optimales que les différents images-action vont, au lieu de s'opposer pour constamment renvoyer les unes aux autres, s'associer pour produire un nouvel agencement, une coupe vivante, une image-perception. Sans doute Deleuze passe-t-il trop vite sur cette opposition du vivant comme image-perception, mais il faut comprendre que l'enjeu ne réside pas dans l'histoire biologique mais simplement dans le mode d'agencement des images comme système de référencement à trois dimensions : action, perception et affection. Si nous intégrons ces considérations à notre problématique, nous pouvons dire que l'image, en passant de l'image-action à l'image-perception, n'est plus seulement un pur signifiant qui se heurte à l'incompréhension, elle est signifiant dans l'action et signifié dans la perception.
Mais dans ce système, il manque la possibilité d'une réconciliation. L'issue proposée par Bergson est une image-affection. Pourquoi pas image-compréhension ? Parce que l'acte de compréhension est un acte d'inclusion dans lequel le sujet interprète et modifie la perception de l'image-action qui ne vaut alors plus pour elle-même mais seulement pour le sujet. L'image-affection, ici une image qui parle un langage qui échapperait à la logique de l'entendement. Le sujet saisit l'image comme affect, mais il n'est plus vraiment sujet dans cet acte, si ce n'est dans l'illusion que produit le mode de l'appréhension transcendantale. Les deux sont images, les deux coexistent et se parlent et l'affection devient le terrain de leur dialogue. L'affection est le mode de rencontre de l'image-perception et de l'image-action, c'est la génération d'affects, c'est la parole des deux images, l'expression de ce que l'une dit et de ce que l'autre ressent. Ce n'est donc pas un parler au sens d'une langue articulée appelée à être décodée, c'est un parler au sens de communiquer. Face au tableau, bientôt, l'opposition peut disparaître pour que l'image-action qu'est le tableau génère un mouvement perçu par l'image-perception que je suis. L'image-affection est le parler de ce tableau mais aussi le parler que je lui adresse, ce que je dis de lui.



Une image parle, donc, mais cette parole n'est pas la fonction d'une langue que l'image signifiante produirait ou que l'image comme signifié utiliserait pour faire parler l'image originaire. En réconciliant l'image-action et l'image-perception, nous avons tenté de montrer que l'approche transcendantale oppose le représenté extérieur et le représenté intérieur, laissant toute possibilité d'entendre la parole de l'image extérieure comme vaine. Mais si ce parler est un langage de l'affection, alors ce que l'image externe comporte intrinsèquement comme intensité pourra être compris par sensation. Ce qui était donc en jeu, c'était la possibilité d'une appréhension de l'intensité, et celle-ci est possible justement parce que les images parlent, agissent, communiquent. On dira donc qu'une image parle à la condition d'appréhender son intensité sous le mode de l'affection. Dans le cas contaire, on en restera à un dualisme entre l'exprimé externe et l'exprimé interne.




L'année où j'ai passé l'agreg je suis tombée sur ce sujet aussi. C'est très étrange de lire une autre copie que la sienne, ça n'arrive pas souvent finalement, merci! J'avais tout misé sur Merleau-Ponty pour ma part, mais ça n'avait pas marché pour moi et je n'ai jamais compris pourquoi.
Là je comprend mieux, il faut vraiment être très précis et complet sur les références!
Je ne pensais pas que placer Deleuze la dessus était possible, je pensais que le jury sanctionnerait l'assimilation de la parole à l'affect. Mais c'est vrai que tu as très bien argumenté.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Quelles voies d'accès vers les concours ?   

Revenir en haut Aller en bas
 
Quelles voies d'accès vers les concours ?
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Les Rois Mages et les trois voies spirituelles
» Reconversion vers prof écoles
» reveil vers 4 h du matin
» En route , ensembles, vers la Synthese de toutes les Voies
» sleeve vers bypass, quelles démarches?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Agrég et Capes de Philosophie :: Fourre-Tout : pour parler d'autres choses. :: Etudier la philosophie-
Sauter vers: