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 L'utilité des études de philosophie

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Tareg



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MessageSujet: L'utilité des études de philosophie   Mer 19 Oct - 0:52

Je profite de cette rubrique, ainsi que d'une question posée par Orianne, dans son message de présentation, pour essayer de lancer une discussion dont elle donne le thème. Je rebondis sur la fin de son message, que voici :

orianne a écrit:

Pour moi, en reprenant Nietzsche, on ne peut comprendre la philosophie sans avoir vécu.

Je ne sais pas si on ne peut comprendre la philosophie sans avoir vécu. Car j'ignore si les universitaires qui nous transmettent ce qu'ils ont compris ont dû vivre pour cela. En revanche, je suis convaincu qu'il n'y a aucun intérêt à comprendre la philosophie si elle n'est pas utile à la vie. Or je doute que, telle qu'elle est enseignée actuellement, elle soit d'une grande utilité, bien qu'elle procure une satisfaction intellectuelle certaine.
Je pars du double constat suivant : "à quoi sert la philosophie ?" est une des questions les plus souvent posées à propos de la philosophie par ceux qui ne l'étudient pas. La réponse que j'ai le plus souvent entendue, celle d'étudiants ou d'enseignants en philosophie, consiste à chaque fois, ou bien à ironiser sur la naïveté de la question, ou bien à rétorquer que la question n'a pas de sens en prétendant que la philosophie est en dehors, au delà, de l'utile.
Dans les deux cas, il est frappant que la réponse même témoigne du travers que la question entendait souligner. Car la question porte bien sur cette étrange posture qu'adoptent les spécialistes en philosophie, qui semblent pouvoir mépriser l'utile du fait de leur activité. En voici une caricature qui a pour intérêt d'en faire ressortir les traits : si un non-spécialiste en philosophie demandait à un spécialiste pour qui il pense voter, la posture philosophique pourrait consister, en guise de réponse, à commencer par demander ce qu'est le vote.
Je ne crois pas que, dans son contenu, cette réplique soit sans intérêt. Bien au contraire ! Elle a le mérite de questionner le préjugé selon lequel il faut voter. Mais mon interrogation ne porte pas sur le contenu. Elle porte sur la posture, c'est-à-dire sur l'ensemble des effets que le fait de choisir de répondre en jouant le philosophe va entraîner sur la suite de la conversation. Ses effets sont bien réels, car adopter une posture philosophique pour répondre à une question posée dans un cadre ordinaire pourra laisser, par exemple, une impression de désintérêt pour l'objet pourtant simple de la question. Mais à la rigueur, le spécialiste de philosophie est libre de mépriser le vote, comme le non-spécialiste est libre de couper court à une conversation dans laquelle il s'est senti méprisé. Dans cet exemple donc, la posture ne fait pas problème.
En revanche, lorsque la question du non-spécialiste porte sur l'utilité de la philosophie, la posture consistant à signifier le mépris de l'utile vient rencontrer le contenu même de la question. De même qu'il n'y a pas d'amour sans discours amoureux, il semble n'y avoir pas de discours philosophique sur l'utile qui ne témoigne en même temps, dans sa manière, d'un certain mépris de l'utile. Face à cette question tout à fait ordinaire, le spécialiste est désarmé parce qu'il se trouve en quelque sorte devant son point aveugle, lieu même depuis lequel il parle.
Mais si nous reconnaissons que c'est la posture même du philosophe qui est en jeu, alors il n'est plus permis de balayer la question de l'utilité de la philosophie. Peut-être donc les spécialistes que par nos études nous nous apprêtons à être devraient tâcher d'affronter la question "à quoi sert la philosophie ?". Et pour faire écho à la remarque d'Orianne, peut-être ne comprendrons-nous la philosophie qu'à partir du moment où nous déciderons, par ce que nous ferons d'elle et avec elle, non plus de fournir le contenu d'une réponse à la question de son utilité, mais de chercher quelle posture la rendrait utile.
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orianne



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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Mer 19 Oct - 11:43

Bonjour Tareg,

je te rejoins tout à fait sur l'évidente et même lâche (pourquoi ne pas le dire ?) forclusion de la question de l'utilité, ou, je dirai pour ma part en reprenant Heidegger, forclusion de la question de la tâche de la philosophie aujourd'hui par les professionnels de la philosophie. Ce qui m'a d'ailleurs amené à faire une pause après le master 2.
C'est la question qui me semble être au fond des philosophies dites "post-modernes" à tort (Deleuze, Derrida, Foucault...quel que soit l'amour ou le désamour qu'on leur porte, ils ont eu le mérite de mettre en scène la crise de la philosophie, comme Descartes, ou Nietzsche d'une autre façon, ont su le faire en leur temps).

Bien sûr, nous nous situons ici hors concours, puisque comme l'expliquait Méta, passer un concours de l'Education nationale implique de se conformer aux académismes en vogue, voués à répéter éternellement le passé. Ce qui n'est d'ailleurs pas forcément illégitime.

Mais, je suis entièrement d'accord avec toi, il me semble nécessaire, au delà des concours, de se poser la question de la posture, de ce que pourrait être une posture pertinente pour la philosophie aujourd'hui. C'est finalement une question qui se pose dans tous les domaines, notamment dans l'art (qu'est ce qu'un artiste, une oeuvre d'art aujourd'hui... ?). Mais tandis que les artistes, qu'ils réussissent ou non, ont le courage d'affronter la question, j'ai pu constater que la plupart des philosophes professionnels, comme tu sembles le dire aussi, s'en tiennent à l'ironie et au mépris, afin de contourner cette question fondamentale. Bien sûr, je n'ai pas de réponse quant à la posture philosophique pertinente, ce que je crois, c'est qu'elle viendra paradoxalement d'un dehors de la philosophie, qui fera bouger celle-ci. Méta parlait de la science et des sciences humaines, les sciences "psy" qui ont mis en cause la philosophie. Je pense qu'un réel questionnement sur la place (notamment celle de cette nouvelle dogmatique que représente la science pour nos contemporains), le rôle, les présupposés de ces domaines est un moyen de mettre en question l'habitus philosophique et d'ouvrir celle-ci de manière pertinente et perspicace au monde...

A titre d'exemples, et quoiqu'on pense de leurs positions, je trouve que Pierre Legendre, ou même Bernard Stiegler, initient quelque chose comme un retour, qui est aussi une entrée dans le contemporain, de la philosophie...


Mais bon, ce n'est qu'un avis à soummettre au débat...!
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jésus



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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Mer 19 Oct - 13:04

pour être sorti des études de philo

mon témoignage vaut ce qu'il vaut mais bon

en général, les philosophes n'ont que très peu d'ouverture d'esprit et notamment en direction du monde professionnel

tout le monde se tire une balle dans le pied pour une éventuelle reconversion...en agissant comme ça
perso, j'étouffais à faire de la philo pure finalement

La philo est à bannir des CV pour trouver un job, quitte à baratiner, c'est l'équivalent de la peste.
Les qualités que donnent la philo ne sont pas valorisables, il faut les garder pour soi

bref, si tu veux faire ta vie en dehors d'une classe de terminale, oublie la philo. Elle servira pour intégrer une formation pro, type m2 et c'est tout, après bye bye

la vraie vie quoi , et je suis limite plus heureux comme ça

et je n'ai pas gardé un grand souvenir de mes collègues imbus d'eux-mêmes et impersonnels

bref, ne cherchez pas de la philo en dehors d'elle, vous ne la trouverez pas

c'est dur au début, c'est comme une séparation amoureuse, il faut en faire le deuil...mais après ça va mieux
ça reste 8 ans de ma vie et j'en garde rien ou presque
triste réalité
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i-ve-seen-it

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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Mer 19 Oct - 16:05

Même la ponctuation a disparu, c'est dire...
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jésus



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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Mer 19 Oct - 18:04

i-ve-seen-it a écrit:
Même la ponctuation a disparu, c'est dire...

je suis au travail , j'ai pas eu le temps de fignoler...

mais bon, l'esprit est là...

j'en ressors triste et frustré de tout cela...
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Se7th

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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Mer 19 Oct - 19:44

deux points :
- d'abord, je pense qu'il ne faut pas confondre
Citation :
se conformer aux académismes en vogue, voués à répéter éternellement le passé
ce qui est clairement stérile, sclérosé, clos au sens bergsonien, avec tout ce qui va avec de sectes, mesquineries, luttes d'influences, etc. ne pas confondre cela, donc, avec l'idée même d'une culture, et même d'une culture classique ( ce qui est bien sûr un pléonasme au fond), au sens le plus noble du terme. Bref, tout dépend de comment on le prend, cet enseignement universitaire, et de ce qu'on en fait. ( oui, dommage de terminer sur une telle platitude !!!)


- le sujet me fait penser à celui que j'ai donné à mes élèves : " la science rend-elle la philosophie inutile ?" . Alors effectivement on peut travailler l'idée d'utilité, montrer que la philo n'a pas tant une utilité qu'une valeur. Sinon, en travaillant moi-même le sujet, j'en suis arrivée à l'idée que le pb fondamental du sujet est celui-ci : n'y a t-il de connaissance que scientifique ? Est ce qu'on accepte de laisser de côté le scientisme et de dire qu'il peut exister un "savoir de l'existence" (le mot est de mon ancien prof Alain Juranville), qui sera alors nécessairement incarné, les résultats scientifiques eux n'étant légitimes et efficaces que sur le fondement d'une abstraction ( abstraction des qualités sensibles en premier lieu, abstraction de tout ce qui fait la vie en général). J'ai bien aimé donner ce sujet, même si c'est un peu maso.
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orianne



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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Mer 19 Oct - 20:09

Se7th a écrit:
deux points :
- d'abord, je pense qu'il ne faut pas confondre
Citation :
se conformer aux académismes en vogue, voués à répéter éternellement le passé
ce qui est clairement stérile, sclérosé, clos au sens bergsonien, avec tout ce qui va avec de sectes, mesquineries, luttes d'influences, etc. ne pas confondre cela, donc, avec l'idée même d'une culture, et même d'une culture classique ( ce qui est bien sûr un pléonasme au fond), au sens le plus noble du terme. Bref, tout dépend de comment on le prend, cet enseignement universitaire, et de ce qu'on en fait. ( oui, dommage de terminer sur une telle platitude !!!)


- le sujet me fait penser à celui que j'ai donné à mes élèves : " la science rend-elle la philosophie inutile ?" . Alors effectivement on peut travailler l'idée d'utilité, montrer que la philo n'a pas tant une utilité qu'une valeur. Sinon, en travaillant moi-même le sujet, j'en suis arrivée à l'idée que le pb fondamental du sujet est celui-ci : n'y a t-il de connaissance que scientifique ? Est ce qu'on accepte de laisser de côté le scientisme et de dire qu'il peut exister un "savoir de l'existence" (le mot est de mon ancien prof Alain Juranville), qui sera alors nécessairement incarné, les résultats scientifiques eux n'étant légitimes et efficaces que sur le fondement d'une abstraction ( abstraction des qualités sensibles en premier lieu, abstraction de tout ce qui fait la vie en général). J'ai bien aimé donner ce sujet, même si c'est un peu maso.

Bonjour Se7th,

très intéressante cette idée de "savoir de l'existence"; peux-tu un peu développer s'il te plaît ?
C'est ce que j'essaye de penser quand j'ai du temps de libre.
Pour le culture noble, la préserver oui, mais comment...? Par la répétition dans des cercles fermés...? Sans doute, mais pas seulement. Clairement, il me semble qu'aujourd'hui elle ne parle plus qu'à une élite, alors qu'elle devrait être connue par tous...La "culture populaire" qui est en fait "culture d'industriels" est entrain de la faire oublier me semble-t-il...
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orianne



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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Mer 19 Oct - 20:13

jésus a écrit:
i-ve-seen-it a écrit:
Même la ponctuation a disparu, c'est dire...

je suis au travail , j'ai pas eu le temps de fignoler...

mais bon, l'esprit est là...

j'en ressors triste et frustré de tout cela...

Jésus, si tu as fait huit ans de philosophie, c'est qu'un jour te te rendras certainement compte que tu ne pouvais faire autrement peut-être... tu t'es fait happé...comme nous tous ici je pense.
C'est vrai que c'est frustrant, mais le monde n'est pas philosophique comme me le disait un prof...le problème c'est qu'on ne le sait pas forcément avant de s'engager en philo...
Et puis...finalement tu as un travail!
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Tareg



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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Jeu 20 Oct - 1:26

Bonsoir,

S7th, je serais aussi curieux de savoir comment tu creuserais cette idée de "savoir de l'existence", nécessairement incarné. Je crois que tout est là, si du moins nos intuitions se rencontrent sur le sens à accorder à cette expression. En relisant les messages précédents, je remarque que l'opposition à laquelle on pense le plus souvent, lorsqu'il est question de la source d'un savoir ou d'une posture philosophique orientés vers l'utile, est celle de la philosophie aux sciences, dans toutes leur diversité. Mais on ne se demande pas si ce savoir n'est pas tout simplement déjà là, autrement dit si sa source ne serait pas simplement les vies ordinaires.

Je m'explique. Observons un instant notre vie, celle des amis que nous admirons, celle des gens que nous n'approuvons pas. Nous remarquons immédiatement que face à certaines situations que la philosophie pourrait de l'extérieur juger problématiques, les hommes, nous compris, réagissons avec plus ou moins de "succès". Nous parvenons plus ou moins à nous accorder dans l'existence, par ce que nous disons et ce que nous faisons. Certains hommes nous semblent avoir le don d'apaiser toute tension, par les mots qu'ils choisissent, et leur seule manière d'être. D'autres, au contraire, semblent être incapables de se retrouver dans une situation sociale sans participer de sa confusion. Par situation sociale, j'entends le moment où, à un croisement embouteillé, le fait qu'un automobiliste décide de s'engager ou non va participer du bouchon ou de la fluidification du trafic ; j'entends le moment où, après un mot malheureux, prêtant à quiproquo, ayant été lancé dans une situation amicale, nous décidons soit de surenchérir, soit d'adoucir le climat ; j'entends en somme toutes ces situations où nos décisions ou réactions spontanées vont de fait faciliter ou rendre plus délicat le vivre ensemble (ou le vivre avec soi-même, dont il faudrait donner d'autres exemples).
Or le fait frappant est que certaines personnes semblent toujours faciliter ces situations, là où d'autres les compliquent, pour eux ou pour autrui. Et cette régularité d'effets interdit d'objecter que le résultat de nos comportements dépend de circonstances infiniment variables. Voilà ce que ce que j'entends par "savoir de l'existence".
Les modèles que la philosophie peut interroger pourraient être là, sous nos yeux. Dès lors, une philosophie réellement pratique ne ressemblerait en rien à ces philosophies récentes qui discourent sur l'ordinaire, mais consisterait en la mise en oeuvre de ces attitudes (dont je ne prétends pas qu'il en a une bonne), réfléchies par après par les outils de la philosophie.
Canguilhem, dans le Normal et le pathologique, se demande si, ces deux notions ayant été invalidées en leur sens fort, il n'y aurait pas tout de même une différence, une hiérarchie, entre par exemple l'handicapé moteur, et celui qui jouit d'une parfaite motricité. Et il suggère que le second surpasse le premier en ce que le champ de ses actions possibles est plus étendu. N'est-ce pas vrai également de chacune de nos actions, ainsi que des mots que nous choisissons dans telle ou telle situation ? La philosophie pourrait se faire servante d'une faculté adaptative, là où aujourd'hui les professeurs spécialistes de toutes les éthiques peuvent en même temps se trouver être de formidables autistes.
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orianne



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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Jeu 20 Oct - 12:28

Bonjour Tareg,

je vois maintenant ce que tu entends par "utilité de la philosophie". C'est fou comme un intérêt commun pour une question paut se décliner de manières différentes!
Pour ma part je suis assez septique sur cette conception de la philosophie, mais ce n'est que mon avis.
Tu connais peut-être le concept de "philosophie pratique appliquée" d'Alain Renaut ? Je suis personnellement très reservée quant à cette façon de philosopher, mais ça intéresse beaucoup de monde, et je pense que ça pourrait t'intéresser également.
Il a notamment écrit "qu'est ce qu'une politique juste", je crois.

bonne journée!
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Tareg



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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Jeu 20 Oct - 16:00

orianne a écrit:
Bonjour Tareg,

je vois maintenant ce que tu entends par "utilité de la philosophie". C'est fou comme un intérêt commun pour une question paut se décliner de manières différentes!
Pour ma part je suis assez septique sur cette conception de la philosophie, mais ce n'est que mon avis.
Tu connais peut-être le concept de "philosophie pratique appliquée" d'Alain Renaut ? Je suis personnellement très reservée quant à cette façon de philosopher, mais ça intéresse beaucoup de monde, et je pense que ça pourrait t'intéresser également.
Il a notamment écrit "qu'est ce qu'une politique juste", je crois.

bonne journée!

Bonjour,

je ne connais pas, mais je vais y jeter un oeil. Merci pour la référence.
bonne journée également.
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Cajoliste

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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Jeu 15 Déc - 1:17

Je ne suis pas étudiant en philosophie, mais je me souviens d'un exemple récent où la lecture d'une œuvre philosophique m'a été utile.

Dans son Essai sur les données immédiates de la conscience, au chapitre 2, Bergson a écrit :
"Non seulement le langage nous fait croire à l'invariabilité de nos sensations, mais il nous trompera parfois sur le caractère de la sensation éprouvée. Ainsi, quand je mange d'un mets réputé exquis, le nom qu'il porte, gros de l'approbation qu'on lui donne, s'interpose entre ma sensation et ma conscience ; je pourrai croire que la saveur me plaît, alors qu'un léger effort d'attention me prouverait le contraire."

Quelques jours plus tard, j'ai commencé à boire passivement un diabolo grenadine dans un bar. Soudain, je me suis aperçu que cette boisson n'était que de la limonade rouge. Cette prise de conscience ne se serait sans doute pas produite si cette idée lu dans une œuvre de Bergson n'avait pas trotté de temps en temps dans ma tête. Lorsque je suis revenu dans ce bar, je n'ai pas pris de diabolo grenadine.
Cette idée est intervenue de nombreuses autres fois, par exemple lorsque j'écoutais de la musique.

C'est un peu maigre, mais c'est mieux que rien. jocolor
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Tareg



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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Jeu 15 Déc - 2:06

Bonsoir,

Bergson me fait le même effet. J'ai avec lui l'impression d'une philosophie opératoire pour la vie ordinaire (la seule vie, au demeurant) ; utile, au sens où elle pense la pratique, l'expérience dans son élaboration même. Ce qui ne veut pas dire que les autres seraient inutiles, si par là on entend une dévalorisation. Seulement, la plupart des philosophies ne se posent tout simplement pas la question de leur valeur pratique. Elles sont au-delà. Ce n'est pas regrettable, c'est un fait. Mais ça laisse entière la question de savoir jusqu'à quel point une philosophie peut être opératoire, et rester de la philosophie (et non un manuel de montage de meubles Ikea).

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orpdorp

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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Jeu 15 Déc - 8:47

Pour Jésus :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/05/de-socrate-aux-grandes-ecoles-de-commerce_1612875_3232.html

Amen
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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Jeu 15 Déc - 16:25

Ce que nous apprend la philosophie, c'est la valeur de l'homme, et par là, elle donne un sens à la vie. Ça n'est pas vraiment utile, ce qui est utile, c'est le divertissement au sens pascalien, l'oubli de la vie après lequel tout le monde court. C'est peut-être pour cela, aussi, que beaucoup de gens se retournent vers la philosophie sur le tard, quand ils sont rattrapés par la vanité de leur vie et qu'ils veulent enfin vivre au sens fort, alors que nos terminales, au contraire, sont à un âge où seul l'avenir compte, où le présent n'est qu'un passage. Je n'ai pas forgé cette certitude dans mes études de philo, je l'ai forgée face à mes élèves, face au vertige provoqué par leur obsession de l'utile : ils sont prêts à se sacrifier pour l'utilité et voudraient que tout le monde en fasse autant, tout le monde doit se sacrifier sur l'autel de l'utile... mais utile à qui, alors ? Il faudra que je leur dise, un jour, comme mon ancien collègue d'histoire : "Vous savez que vous êtes beaux ?". Dès lors, c'est le rapport à tout le reste qui en est changé.

Un jour un élève m'a écrit, après la fin de l'année : "Vos cours m'ont vraiment appris à voir le monde autrement". Il ne pouvait pas me faire de plus beau compliment.
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gigi61

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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Lun 13 Jan - 22:58

lene75 a écrit:
Ce que nous apprend la philosophie, c'est la valeur de l'homme, et par là, elle donne un sens à la vie. Ça n'est pas vraiment utile, ce qui est utile, c'est le divertissement au sens pascalien, l'oubli de la vie après lequel tout le monde court. C'est peut-être pour cela, aussi, que beaucoup de gens se retournent vers la philosophie sur le tard, quand ils sont rattrapés par la vanité de leur vie et qu'ils veulent enfin vivre au sens fort, alors que nos terminales, au contraire, sont à un âge où seul l'avenir compte, où le présent n'est qu'un passage. Je n'ai pas forgé cette certitude dans mes études de philo, je l'ai forgée face à mes élèves, face au vertige provoqué par leur obsession de l'utile : ils sont prêts à se sacrifier pour l'utilité et voudraient que tout le monde en fasse autant, tout le monde doit se sacrifier sur l'autel de l'utile... mais utile à qui, alors ? Il faudra que je leur dise, un jour, comme mon ancien collègue d'histoire : "Vous savez que vous êtes beaux ?". Dès lors, c'est le rapport à tout le reste qui en est changé.

Un jour un élève m'a écrit, après la fin de l'année : "Vos cours m'ont vraiment appris à voir le monde autrement". Il ne pouvait pas me faire de plus beau compliment.


http://languedoc-roussillon.france3.fr/2014/01/11/quand-la-philosophie-redonne-aux-decrocheurs-l-envie-d-apprendre-392965.html
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gigi61

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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Jeu 16 Jan - 19:59

gigi61 a écrit:
lene75 a écrit:
Ce que nous apprend la philosophie, c'est la valeur de l'homme, et par là, elle donne un sens à la vie. Ça n'est pas vraiment utile, ce qui est utile, c'est le divertissement au sens pascalien, l'oubli de la vie après lequel tout le monde court. C'est peut-être pour cela, aussi, que beaucoup de gens se retournent vers la philosophie sur le tard, quand ils sont rattrapés par la vanité de leur vie et qu'ils veulent enfin vivre au sens fort, alors que nos terminales, au contraire, sont à un âge où seul l'avenir compte, où le présent n'est qu'un passage. Je n'ai pas forgé cette certitude dans mes études de philo, je l'ai forgée face à mes élèves, face au vertige provoqué par leur obsession de l'utile : ils sont prêts à se sacrifier pour l'utilité et voudraient que tout le monde en fasse autant, tout le monde doit se sacrifier sur l'autel de l'utile... mais utile à qui, alors ? Il faudra que je leur dise, un jour, comme mon ancien collègue d'histoire : "Vous savez que vous êtes beaux ?". Dès lors, c'est le rapport à tout le reste qui en est changé.

Un jour un élève m'a écrit, après la fin de l'année : "Vos cours m'ont vraiment appris à voir le monde autrement". Il ne pouvait pas me faire de plus beau compliment.


http://languedoc-roussillon.france3.fr/2014/01/11/quand-la-philosophie-redonne-aux-decrocheurs-l-envie-d-apprendre-392965.html

L'Université Paris X propose un MOOC dont l'intitulé est le suivant :

Philosophie et modes de vie ; de Socrate à Pierre Hadot et Michel Foucault

Les inscriptions sont possibles jusqu'au 31 janvier 2014.
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gigi61

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MessageSujet: Re: L'utilité des études de philosophie   Ven 24 Jan - 14:10



L'Université Paris X propose un MOOC dont l'intitulé est le suivant :

Philosophie et modes de vie ; de Socrate à Pierre Hadot et Michel Foucault

Les inscriptions sont possibles jusqu'au 31 janvier 2014.

La bibliographie recommandée est la suivante :
J. Domanski, La philosophie, théorie ou manière de vivre ?
M. Foucault, L’herméneutique du sujet, Paris, Gallimard-Seuil, 2001
P. Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, rééd. Albin Michel, 2002.
P. Hadot, Qu’est-ce que la philosophie antique ?, Paris, Folio-Essais, 1996.
P. Hadot, La philosophie comme manière de vivre, Paris, Albin Michel, 2001, rééd. Livre de Poche, 2004
A.-J. Voelke, La philosophie comme thérapie de l’âme, Paris-Fribourg, éd. du Cerf – Presses de Fribourg, 1993.
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