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 Sujet de dissertation qui me laisse pantois

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MessageSujet: Sujet de dissertation qui me laisse pantois   Jeu 2 Juin - 1:37

Bonjour à tous ! J'aimerais discuter avec vous un sujet qui m'a été soumis ce soir en Master 1 d'Esthétique, et que, malheureusement je ne pense pas avoir traité avec grand intêret.

" Le jugement esthétique a t-il besoin de critères ? "
J'ai passé 1h30 a rédiger mon introduction ( nous avions quatre heures ), ce qui fait que j'ai seulement une intro, une problématique et deux parties...

Mais voici où j'ai voulu en venir :
En gros, j'ai distingué deux ouvertures possibles. La première consiste à se place d'emblée dans le champ du vécu esthétique ; On postule que la dimension esthétique de l'objet a été démontrée : le jugement dit " esthétique " est l'activité qui consiste à attribuer des prédicats 'esthétiques' a un objet donné. Admettre que le jugement esthétique ( l'activité prédicative ) a besoin de critères, c'est affirmer qu'il existe des règles extérieures à celui qui juge, donnant des informations sur la manière dont il faut appliquer lesdits prédicats esthétiques : qu'est ce qui fait qu'on objet est laid ou beau ? Ou plus globalement : qu'est ce qui fait que l'objet a cette valeur esthétique plutôt qu'une autre ?

J'ai renversé le sujet en affirmant que le problème était tout autre. Plus profond. Il est contestable de poser l'emblée l'existence d'un vécu esthétique. Ne devrions nous pas nous demander plutôt : qu'est ce qui fait que le jugement esthétique ( l'ensemble des prédicats ) peut s'appliquer à cet objet plutôt qu'à un autre ? En d'autres termes : ne devrions nous pas chercher les raisons ( les critères ) qui justifient l'apparition d'un jugement esthétique, plutôt que les règles de fonctionnement d'un jugement esthétique donné ?
Il s'agirait de s'intéresser aux racines de sa survenance plutôt qu'à son fonctionnement une fois survenu.

La problématique serait de ce fait la suivante : existe t-il des critères permettant au spectateur de savoir s'il y a lieu, ou non, d'émettre un jugement esthétique ? Le jugement esthétique peut-il se déployer sans un faisceau d'informations extérieur au spectateur, lui indiquant que l'objet se prête bien à l'évaluation esthétique ?

J'ai simplement eu le temps de traiter le jugement esthétique kantien en première partie. Le jugement esthétique en l'occurence, s'exercerait sans la médiation de règles lui indiquant là où il doit exercer : il exerce à l'occasion d'une rencontre inopinée. On pourrait dire, a priori, qu'un objet accède au statut d'objet d'esthétique du fait du plaisir qu'il suscite à sa rencontre ( cf Du Bos, le plaisir partagé est le meilleur signe de cette dimension esthétique ). La règle serait : cet objet peut se prêter à une évaluation esthétique future puisqu'il a déjà prouvé, à travers l'effet de plaisir, sa dimension esthétique ). Mais Kant renverse l'idée d'un plaisir fondant le jugement esthétique : c'est au contraire le jugement esthétique qui fonde le plaisir.
Bon je n'entre pas le détail. J'ai eu simplement le temps de faire une seconde partie sur Nelson Goodman, en montrant, que ce fameux faisceau d'indices extérieurs au spectateur, lui permettant de localiser l'objet esthétique et par là d'exercer son jugement ne devait pas être négligé. Aborder un objet, avoir des sentiments à son égard, exercer un jugement esthétique sur lui, c'est savoir le lire, comprendre que les sentiments suscités par lui sont produits d'un jeu complexe d'exemplification de prédicats etc...Ainsi : pas de jugement esthétique sans un travail préalable de déchiffrage du fonctionnement symbolique des oeuvres etc....

Je n'ai pas développé le lien fait entre les deux parties, mais j'ai l'impression que c'est la grosse cata pour moi !





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fabopoulos



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MessageSujet: Re: Sujet de dissertation qui me laisse pantois   Jeu 2 Juin - 10:05

Simple remarque, venant de quelqu'un qui est à peu près ignare en philosophie esthétique : il me semble qu'il manque une analyse conceptuelle précise de ce qu'est un critère. A première vue, un critère est ce qui permet de discriminer, de trancher nettement, entre des objets du point de vue de leurs qualités. Ainsi, la question serait de savoir si le jugement esthétique a besoin d'être discriminant (de distinguer nettement le beau du laid, ou l'esthétique de l'inesthétique) ou s'il peut parfaitement s'en passer. Autre formulation : dans le domaine esthétique, juger, est-ce distinguer, séparer (ce qui permet aussi de regrouper et de classer, bref de produire un ordre) ou s'agit-il d'autre chose ? Et quoi ? Révéler les qualités propres d'un objet, sans critère préalable ?

Voilà, juste quelques impressions à chaud.
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MessageSujet: Re: Sujet de dissertation qui me laisse pantois   Jeu 2 Juin - 12:00


C'est un sujet qui pose le problème, à mon avis, du bon goût : demander si le jugement esthétique a besoin de critères est une question utile si on cherche à départager les oeuvres d'art, à identifier les chefs-d'œuvres et les navets ou les croûtes exposées dans les foires du dimanche. S'il n'y a pas de critères, tout se vaut et on ne peut même plus parler de jugement esthétique mais simplement de sentiment esthétique (puisqu'il n'y a plus de critère, de règle réfléchie, de capacité d'expertise de l'oeuvre d'art). Et par voie de conséquence un poète, par exemple, n'aurait plus besoin de chercher des rimes ou des rythmes et toute règle de composition deviendrait inutile puisqu'on ne tiendrait compte d'aucun critère pour le sacrer grand poète. Dans ce cadre on a effectivement tendance à prendre le plaisir du spectateur pour base de référence, plaisir qui peut s'expliquer par tout et n'importe quoi, par un bon repas qui met dans de bonnes dispositions avant d'aller au musée, par une compagnie agréable au concert, etc. Je dirais donc que tu traites surtout le sujet "qu'est-ce qui rend possible le jugement esthétique?" : qu'est-ce qui me pousse à considérer qu'une oeuvre est de l'art ? Et non: faut-il chercher à discriminer les oeuvres d'art ?
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MessageSujet: Re: Sujet de dissertation qui me laisse pantois   Jeu 2 Juin - 13:39

"Je dirais donc que tu traites surtout le sujet "qu'est-ce qui rend possible le jugement esthétique?" : qu'est-ce qui me pousse à considérer qu'une oeuvre est de l'art ? Et non: faut-il chercher à discriminer les oeuvres d'art ? "


Oui, et, personnellement, il me semblait que le sujet était suffisamment ouvert pour aborder l'une des deux problématiques. On peut en effet très bien se demander si le jugement esthétique en acte a besoin de critères pour distinguer la belle oeuvre de la mauvaise / Ou alors, plus originellement, se demander si le jugement esthétique a besoin de critères pour savoir là où il peut se déployer.
Non ?

J'ai choisi la deuxième formulation, à mes risques et périls.
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lukos



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MessageSujet: Re: Sujet de dissertation qui me laisse pantois   Jeu 2 Juin - 15:52

Je n'y connais pas grand chose non plus à l'esthétique, mais ton sujet m'inspire ceci :

Dans le cas où le jugement, c'est la faculté de juger, alors la question est kantienne : pour décider si quelque chose est beau ou non, a-t-on besoin de critères ? La réponse de Kant est connue : le jugement esthétique est un jugement réfléchissant et pas un jugement déterminant : juger de la beauté de quelque chose ce n'est pas ramener cette chose à un cas général dont on sait qu'il est beau ; pas la peine de vérifier l'adéquation entre la chose qu'on juge et un étalon de beauté, on sait immédiatement que cette chose est belle ou pas. On peut même y arriver autrement - comme tu le fais toi - avec la définition du génie qui travaille sans règles connues à l'avance : si l'amateur connaissait les règles pour juger de la beauté d'une chose, alors l'artiste les connaîtrait aussi et il ne serait plus génial, mais juste un bon technicien.

Donc, a priori, inutile de discuter de la beauté des oeuvres d'art puisque le beau est universel sans critère/concept. Et là tu peux revenir sur la terre ferme et te demander pourquoi les critiques d'art, les critiques littéraires etc. pullulent. Pourquoi tous ces discours, ces détours si le jugement est immédiat ?

A partir de là, trois options :
- ou tu tiens à Kant et tu montres que toute critique et toute éducation artistique sont oiseux.
- ou tu est prêt à lâcher Kant et tu trouves que le jugement a plus besoin de média(t)s que d'immédiat.
- ou tu ne tranches pas la question et tu parles de l'autre sens du mot jugement (le jugement rendu, l'arrêt : par exemple, l'opinion d'un critique littéraire). Une fois que le jugement est rendu, une fois que plusieurs personnes ont rendu un jugement sur une même chose (que ces jugements aillent dans le même sens parce que Kant a dit que le beau est universel, ou qu'ils n'aillent pas dans le même parce qu'on dit aussi que le beau est relatif), et si on veut choisir entre ces jugements, il faut bien des critères, notamment rhétoriques.
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MessageSujet: Re: Sujet de dissertation qui me laisse pantois   Jeu 2 Juin - 17:06

Merci pour vos réponses.
Evidemment, dans la première partie, j'ai développé le jugement esthétique kantien. Je vous rappelle que j'avais choisi la problématique suivante : existe t-il des règles extérieures au sujet lui permettant de savoir si oui ou non il peut juger esthétiquement de cet objet. Ce qui voudrait dire a contrario que sans règles ( sans "matière" pour indiquer au jugement esthétique qu'il peut se déployer ici ou là, le jugement esthétique resterait comme en "puissance", ou, carrément, n'aurait pas lieu d'exister => le jugement tirerait son sens de la sphère dans laquelle il peut se déployer ). En gros j'ai développé la question du critère d'application du jugement esthétique, ce qui me semble tout à fait faisable .

J'ai exposé la théorie du jugement esthétique Kantien : jugement réflechissant, impossibilité de ramener l'objet de la représentation à un concept, et pourtant sentiment que cet objet s'accorde avec nos facultés ( finalité sans fin ). Du jeu infini des facultés entre elles naîtrait un jugement esthétique ( du type " c'est beau " ). Et un sentiment de plaisir particulier, à savoir le plaisir esthétique.
J'ai essayé d'exposer la tentation de ramener ce sentiment de plaisir à ce fameux " critère d'application du jugement esthétique ", ce qui serait prendre le contre pied de Kant. On pourrait très bien dire, en effet : qu'un objet procure du plaisir, que le constat répété de ce sentiment à son contact serait suffisant pour le faire objet esthétique => et par là, que cela donnerait une légitimité à l'exercice du jugement esthétique sur lui. Vous me suivez ?
Kant au contraire montre que le jugement esthétique, qui tend à l'universalité, ne peut se fonder sur des bases aussi peu stables. Le plaisir, loin de précéder le jugement esthétique ( d'être un critère de son exercice ), l'accompagnerait : il serait le pur produit du jeu infini des facultés en nous.
Par là, on ne peut convaincre le spectateur du caractère esthétique d'un objet avant qu'il ait lui même embrassé ses contours.

J'ai ensuite essayé de pousser un peu plus loin, en repérant un problème relatif à la théorie de Kant. Si c'est le sentiment lui même qui fonde la possibilité du jugement esthétique, et si ce sentiment se doit d'être éprouvé par le sujet ( on ne peut l'en convaincre a priori ), on pourrait en venir à la conclusion suivante : rien ne permet d'affirmer que Picasso est plus génial que Goya, a part les différences de degrés d'excitation de mes facultés ( l'intensité de mon sentiment ) au moment où je contemple leurs oeuvres : or, comme tu le dis Lukos, comment justifier les discours critiques ?
Sans abandonner l'idée d'une universalité du plaisir esthétique, peut-être devrions nous dire, avec Goodman, que le sentiment de beauté fonctionne cognitivement.
La beauté ne serait pas un sentiment intemporel mais un prédicat, exemplifié d'une manière ou d'une autre par les différents artistes : le but étant justement de repérer la manière dont ils en rendent compte. Ainsi, un vrai jugement esthétique ne pourrait se dispenser de critères pour pouvoir se déployer : il pourrait continuer à prétendre à l'universalité, car fondé sur une analyse des prédicats exemplifiés par l'oeuvre d'art, mais justement, ne pourrait se déployer qu'après avoir appris à LIRE LES OEUVRES D'ART.



Pensez vous que mon analyse se tient ?

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